GÉOPOLITIQUE RUSSE: Frappé par les sanctions occidentales, Vladimir Poutine mise sur l’Inde

 

 

Cette semaine à New Delhi, Vladimir Poutine et Narendra Modi se sont retrouvés comme de vieux amis. Pourtant, la première fois que le maître du Kremlin et le premier ministre de la démocratie la plus peuplée de la planète se sont vus, c’était en juillet dernier, lors du sommet des BRICS auquel le Brésil avait invité les quatre autres puissances émergentes: Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud. Ces deux hommes-là s’étaient tout de suite appréciés. L’homme de Delhi avait couvert d’éloges le président russe. Aujourd’hui à nouveau, après leur rencontre, Modi a salué un partenariat «incomparable».

En réalité, le premier ministre indien cultive ses liens avec la Russie depuis quinze ans. Il s’y était rendu trois fois quand il était à la tête de l’Etat du Gujarat (2001-2014). Les deux hommes ont des points communs. Comme Poutine, Modi cultive son image de chef autoritaire et nationaliste. Il mène son gouvernement avec poigne, dirigeant les Affaires étrangères sans toujours associer sa ministre. Ses discours sont ponctués de «moi je», rappelant qu’il est seul maître de l’Exécutif. Cette fermeté, on la retrouve dans sa politique extérieure. A l’instar de Poutine, qui refuse de céder à l’Occident sur le dossier ukrainien, Modi est inflexible à l’égard du Pakistan, qui rejette la souveraineté de l’Inde au Cachemire. En août, le premier ministre a annulé une entrevue entre les secrétaires d’Etat aux Affaires étrangères des deux pays. Motif: l’ambassadeur pakistanais à Delhi avait reçu des leaders séparatistes cachemiris avant la rencontre.

En arrivant à Delhi mardi soir, Vladimir Poutine savait qu’il serait en terrain ami. Une semaine plus tôt, le secrétaire indien à l’Eurasie, Ajay Bisaria, avait déclaré que l’Inde ne participerait pas aux sanctions contre Moscou. Dans son discours hier, Narendra Modi n’a pas mentionné le conflit ukrainien. Et neuf mois après l’annexion de la Crimée, son dirigeant Sergey Aksyonov s’est rendu à Delhi avec Poutine sans susciter la moindre controverse en Inde.

Sur le plan commercial en revanche, la visite n’a pas donné les résultats escomptés. Certes, treize accords commerciaux ont été signés, dont un sur la fourniture à l’Inde de dix millions de tonnes de pétrole sur dix ans. Un autre confirme la vente de deux réacteurs nucléaires civils à l’Inde. Mais le partenariat bute sur un obstacle. Face aux sanctions et à la chute du prix du pétrole, qui pénalisent l’économie russe, Poutine cherche investisseurs et nouveaux marchés. Or l’Inde fait aussi la chasse aux investisseurs afin de créer des emplois pour les douze millions de jeunes qui arrivent chaque année sur le marché. Les entreprises russes n’ont investi que 900 millions de francs en Inde depuis 2000, loin derrière la Suisse et ses 2,7 milliards de francs. La déclaration commune note que «les entreprises russes doivent utiliser au maximum les opportunités du marché indien afin de produire localement».

De notre correspondant à New Delhi

(24 heures)