Suspense en Italie. A l’appel de la CGIL et de l’UIL, deux des trois grandes confédérations syndicales, les salariés de la fonction publique et du secteur privé vont observer demain une journée de grève générale. Les syndicats entendent ainsi protester contre le «Jobs Act», c’est-à-dire la réforme du droit du travail du gouvernement de Matteo Renzi (centre gauche).
Que prévoient les autorités? La création d’un nouveau contrat à durée indéterminée à «protection croissante», qui remplacera dans la plupart des cas la vingtaine de contrats en vigueur dans la Péninsule. Durant les trois premières années, l’entreprise pourra licencier un salarié sans justification. Après trois ans, l’entreprise versera en cas de licenciement une indemnisation proportionnelle à l’ancienneté du salarié. En échange, le gouvernement s’est engagé à refinancer les amortisseurs sociaux.
L’autre pilier du «Jobs Act» est l’abrogation de l’article 18 du Code du travail, qui permet au salarié d’être réintégré dans l’entreprise si son licenciement est jugé «sans juste cause». L’article 18 est une étrangeté de la vie politique transalpine. Il ne concerne en réalité que quelques centaines de salariés par an, car même s’ils ont gain de cause devant les tribunaux, la plupart d’entre eux choisissent l’indemnisation plutôt que la réintégration. Toutefois, c’est un marqueur politique très fort entre droite et gauche. Trois millions d’Italiens étaient descendus dans les rues de Rome en 2002 contre le gouvernement Berlusconi, qui avait voulu l’abolir.
Déclaration de guerre
Mais derrière la grève d’aujourd’hui, c’est aussi le rôle des syndicats qui se joue. Car Matteo Renzi souhaite mettre fin aux tractations de haut niveau qui permettent d’habitude aux partenaires sociaux de peser lourdement sur l’ensemble de la politique du gouvernement. «Ils doivent s’occuper du sort des salariés, pas du budget du pays.» Une déclaration de guerre pour la CGIL, qui considère désormais l’ancien maire de Florence comme un «héritier de Thatcher». Un comble, quand on sait que Gugliermo Epifani, le prédécesseur de Renzi à la tête du Parti démocrate, fut pendant dix ans le secrétaire de la CGIL.
L’épreuve de force intervient alors que les syndicats sont en perte de vitesse. Seulement 22% des Italiens font confiance à la CGIL alors qu’ils étaient 35% en 2009. Et les trois quarts des électeurs de Renzi sont opposés à la grève. La CGIL ne représente donc plus aujourd’hui que l’extrême gauche de l’échiquier politique. Un échec de la grève générale serait un signe supplémentaire de cette perte d’influence.
Paris et Berlin attentifs
La grève sera également un test important pour d’autres gouvernements européens qui tentent de réformer leur propre droit du travail. Ainsi, à Berlin, l’Exécutif souhaite mettre fin à l’influence de petits syndicats jugés trop corporatistes et responsables de trop de grèves. Et Manuel Valls, grand admirateur de Matteo Renzi, espère doper la croissance en autorisant le travail de nuit et en réformant les professions réglementées. D’autres conflits en perspective.
(24 heures)



