«Nous te vengerons avec notre propre sang, Dieu est le plus grand!» Ou encore: «Nous poursuivrons ton combat». C’est en scandant ces slogans que des milliers de Palestiniens ont enterré jeudi l’ancien ministre et membre du Fatah Ziad Abou Eïn au cimetière de Ramallah.
La veille, cet homme de 55 ans, toujours très populaire auprès de ses compatriotes, est mort dans des circonstances controversées lors d’une manifestation pacifique contre la colonisation israélienne près d’un village de Cisjordanie occupée.
D’après les participants, la manifestation a été arrêtée par des soldats israéliens dont l’un aurait violemment repoussé Ziad Abou Eïn. Selon une vidéo largement diffusée, on peut voir l’ancien ministre pris dans une bousculade avec des militaires. A un certain moment, une bombe lacrymogène explose à ses pieds. On voit alors le responsable suffoquer puis s’affaisser en se tenant la poitrine. Transporté à l’hôpital de Ramallah, Ziad Abou Eïn y est mort à son arrivée.
Conclusions divergentes
Se basant sur le rapport d’autopsie, les Palestiniens affirment qu’Abou Eïn est décédé des suites des coups reçus durant l’échauffourée. De leur côté, les Israéliens évoquent un accident cardiaque, peut-être causé par le stress, chez un homme au cœur fragile qui a passé plusieurs années dans leurs prisons.
La mort, dans des circonstances aussi controversées, de ce notable très respecté a porté à son comble l’exaspération des Palestiniens. Et fait redouter un nouvel accès de violence, alors que la tension n’a cessé d’augmenter depuis l’été en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Selon un décompte de l’Agence France Presse, une vingtaine de Palestiniens y ont été tués par l’armée israélienne depuis juin.
La disparition tragique de Ziad Abou Eïn a par ailleurs immédiatement soulevé la question de la poursuite de la coopération entre l’Autorité palestinienne et Israël en matière de sécurité.
Jour de prière
Le président palestinien Mahmoud Abbas a affirmé que toutes les options étaient sur la table. Une décision en la matière devrait être annoncée ce vendredi soir. Au terme de la journée de la grande prière, dont beaucoup craignent qu’elle ne dégénère.
Pour parer à toute éventualité, l’armée israélienne a annoncé hier avoir déployé en Cisjordanie deux bataillons de soldats et deux compagnies de gardes-frontière supplémentaires. Pour tenter de calmer le jeu, le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a adressé à l’Autorité palestinienne un message d’apaisement.
Enfin, sur un plan plus général, la mort d’Abou Eïn intervient dans un contexte politique incertain et va plomber un peu plus les espoirs d’une reprise des efforts diplomatiques pour résoudre le conflit israélo-palestinien. Une perspective qui s’était d’ailleurs déjà éloignée avec l’annonce, lundi, de la tenue d’élections anticipées en Israël en mars prochain.
(24 heures)



