ETATS-UNIS: Torturer pour la CIA? Un business qui rapporte

 

 

«Répugnantes». C’est le mot qu’a utilisé jeudi le patron de la CIA John Brennan pour qualifier les méthodes utilisées par certains de ses agents durant les interrogatoires de détenus après le 11 Septembre, tout en défendant parallèlement le travail de l’agence de renseignements. Si l’aveu officiel, par les Etats-Unis, du recours à la torture met à mal la CIA depuis plusieurs jours, d’autres détails intéressants sont sortis sur la manière dont l’agence s’est autorisée, durant les années Bush, à «outsourcer» la conception des interrogatoires, et à quel coût.

Le rapport du Sénat publié mardi mentionne à plusieurs reprises le rôle de deux psychologues, nommés dans le document sous les pseudonymes de Grayson Swigert et Hammond Dunbar. Il s’agit en réalité de Jim Mitchell et Bruce Jessen. Tous deux avaient fait leurs armes dans l’US Air Force, en apprenant aux soldats des techniques de résistance lorsqu’ils se retrouvent prisonniers d’ennemis. Ce programme, baptisé «Survival, Evasion, Resistance, Escape», réduisait les soldats, pour les entraîner, à un stade de totale impuissance. Or c’est sur la base de ce même programme que Mitchell et Jessen ont élaboré leurs techniques de torture utilisées dans la traque antiterroriste post-11 Septembre.

Ces faits sont connus depuis plusieurs années. En 2009, un colonel de l’US Air Force avait confirmé que Mitchell et Jessen étaient les pères du concept d’interrogatoire musclé mis en place pour le compte de la CIA après le 11 Septembre. «Il est ironique, et tragique, de constater que ces méthodes, qui avaient initialement été enseignées à nos soldats pour résister aux pays qui violent les Conventions de Genève, ont été ensuite utilisées contre des détenus étrangers, faisant de notre pays celui qui viole ces conventions», commentait en 2007, dans une enquête de Salon, Brad Olson, de l’Association américaine de psychologie.

Le rapport publié mardi révèle surtout à quel point la torture a rapporté gros à Jim Mitchell et Bruce Jessen. A travers leur société, Mitchell, Jessen & Associates, ils ont touché de la CIA 81 millions de dollars pour leurs services. Le document laisse entrevoir qu’au fil des années, les deux hommes ont été de plus en plus impliqués dans le programme de la CIA, au point de ne pas seulement conseiller ou former ses agents, mais de mener eux-mêmes les interrogatoires des détenus les plus importants. Le rapport cite le texte d’un câble dans lequel un responsable s’inquiète du problème que pose cette double casquette. Le document souligne aussi qu’aucun des deux psychologues «n’avait d’expérience en tant qu’interrogateur ni de connaissance d’Al-Qaida ou du contre-terrorisme».

Jeudi, Bruce Jessen est sorti de son silence pour affirmer que son implication dans le programme de la CIA avait été mal interprétée. En 2012, suite aux révélations, il avait dû quitter son poste d’évêque au sein de l’Eglise mormone.

(24 heures)