Recherche sur la paix: «Il faut bannir les clichés pour comprendre»

 

 

Oser penser à contre-courant, ne pas succomber au diktat des images, éviter les pièges de la désinformation, c’est le chemin qu’a choisi d’emprunter Gabriel Galice pour essayer de mieux comprendre le monde qui l’entoure. A la tête de l’Institut international de recherche pour la paix (GIPRI), cet économiste et politologue, jadis très proche de Jean-Pierre Chevènement, propose des clefs de lecture fondées sur des faits et pas des sentiments ou des impressions. Pas question pour autant de se retrancher derrière une objectivité de façade. «L’objectivité je ne sais pas ce que cela veut dire. Chacun de nous a une façon différente de voir les choses et d’appréhender le monde qui nous entoure», objecte Gabriel Galice, qui préfère la rigueur d’analyse et «l’honnêteté intellectuelle» aux promesses d’impartialité.

Le résultat, ce sont des travaux souvent fastidieux de décorticage des documents officiels, des déclarations et des témoignages qu’on confronte aux événements. Gabriel Galice revendique le titre de chercheur sur la paix ou plutôt d’irénologue. Une coquetterie d’intellectuel que l’intéressé assume non sans une part d’autodérision mais aussi de provocation. «C’est un terme peu usité mais je le préfère au terme peace research. On utilise trop l’anglais», explique le président du GIPRI. Irénologue puise en fait sa racine dans le grec Iré qui veut dire paix. «Ce sont les cousins des polémologues, les chercheurs sur la guerre», complète le chercheur. Une nuance qui échappe au grand public mais qui passionne les universitaires.

Le GIPRI est une composante parmi d’autres de la nébuleuse de micro-ONG qui font de la Genève internationale un espace de dialogue et d’entre-connaissance unique au monde. Le GIPRI ne fait pas qu’offrir des éclairages originaux sur des situations de crise, il joue aussi les éclaireurs.

Par le passé, Gabriel Galice a exploré les soubassements du renversement de Saddam Hussein en Irak. La diplomatie suisse s’est aussi appuyée sur son expertise et celle de son équipe pour organiser une conférence sur le thème de la sécurité et de l’énergie en Iran. Livrer le dessous des cartes en dévoilant le jeu des grandes puissances ne lui a pas valu que des amis. Mais l’homme adore la confrontation dès lors qu’elle se joue sur le terrain des idées et qu’elle suscite l’émulation. Récemment, le GIPRI a rejoint le campus de la paix où il travaille en parfaite osmose avec le monde universitaire et d’autres organismes très en pointe sur les questions de sécurité tels que le GSCP.

L’actualité récente du GIPRI, c’est son rapprochement avec l’Association pour la création et le développement d’un institut genevois de la culture à Saint-Pétersbourg. A la demande de sa présidente, Manuela Palluat-Natura, l’Institut international de recherche pour la paix s’est investi dans l’organisation d’un colloque qui vient de se tenir dans l’ancienne capitale de l’empire Russe. Un événement organisé à l’occasion des 200 ans de relations diplomatiques entre la Russie et la Suisse. Parmi les participants: Eric Hoesli de l’EPFL et de l’Université de Genève, le doyen Konstantin Khoudolei de l’université d’Etat de Saint-Pétersbourg mais aussi Georges Nivat de l’Université de Genève et Guy Mettan, président du Club suisse de la presse.

Cette rencontre devrait en appeler d’autres. Le GIPRI et l’Association pour la création et le développement d’un institut genevois de la culture à Saint-Pétersbourg travaillent désormais à l’organisation de rencontres à plus grande échelle. En cette période de tensions Est-Ouest qui rappelle la guerre froide, elles sont plus que jamais nécessaires, estiment Gabriel Galice et Manuela Palluat-Natura. Tous les deux se disent lassés par les stéréotypes qui circulent sur la Russie. «Ce qu’on entend est souvent caricatural. L’approche est biaisée. On nous parle de la Russie à travers Poutine et un jugement sur sa personne. Mais, c’est d’un pays dont il s’agit, pas d’un homme. Les choses sont complexes», expliquent-ils. Avec la Russie et les tensions Est-Ouest, le GIPRI s’est trouvé un nouveau terrain de jeu où il espère mettre à profit son expertise et sa méthode de travail pour nourrir un débat que Gabriel Galice souhaite «constructif».

(24 heures)