C’est sans doute le clap de fin pour la «révolution des parapluies» à Hongkong. Après 78 jours de mobilisation, la police est venue à bout, hier, des derniers rassemblements prodémocraties qui paralysaient depuis la fin du mois de septembre des avenues entières de l’ancienne colonie britannique.
Lundi matin, les forces antiémeutes ont d’abord démantelé le campement du quartier commerçant de Causeway Bay, donnant une demi-heure à la trentaine de protestataires sur place pour évacuer. En début d’après-midi, une autre opération similaire s’est ensuite déployée autour de la place du Conseil législatif, en plein centre-ville. «Les tentes ont déjà été emportées, il reste juste des détritus et des gens qui essaient de récupérer des objets de valeur oubliés sur les lieux», raconte par téléphone Samson Yuen, jeune chercheur hongkongais au Centre d’études français sur la Chine contemporaine (CEFC) et militant prodémocrate de 28 ans.
Après la levée, jeudi dernier, du bivouac d’Admiralty, le mouvement réclamant la tenue d’élections libres et ouvertes en 2017 dans la grande mégalopole cantonaise semble donc vivre ses derniers jours. Mais les leaders étudiants ne se sont pas avoués vaincus pour autant. Ils ont d’ailleurs déjà appelé à de nouvelles protestations en 2015, avec une manifestation prévue le 1er janvier. «Il y aura très probablement de nouvelles actions, mais sous d’autres formes», anticipe Maya Wang, chercheuse à Hongkong au bureau Asie de Human Rights Watch. «Le gouvernement central à Pékin et la population locale ont des visions très contrastées sur le futur de la ville. Ces différences ne vont pas s’estomper. Et même si le gouvernement de Hongkong a délogé les sit-in, les revendications sous-jacentes des Hongkongais n’ont pas disparu» poursuit-elle.
Dans tous les cas, la liquidation des derniers campements offre un peu de répit à Pékin. Le régime communiste avait suivi avec la plus grande attention ces cortèges jugés «illégaux» par les médias d’Etat. Vendredi dernier, un éditorial cynique dans le quotidien officiel China Daily se réjouissait de «l’échec» de cette «aventure politique soutenue par des forces étrangères qui prévoyaient de contrecarrer la montée de la Chine».
Un commentaire paranoïaque d’autant plus surprenant que c’est bien une décision de Pékin, le 31 août dernier, qui avait jeté de l’huile sur le feu. Le Congrès national du Peuple, l’une des deux Chambres parlementaires du pays, était alors revenu sur sa promesse d’accorder aux sept millions de Hongkongais le suffrage universel pour désigner directement leur chef exécutif.
Actuellement, le chef exécutif est élu tous les cinq ans par un collège de 1200 électeurs. Fin août, la Chine avait subitement décidé de modifier ce mode de scrutin pour pouvoir présélectionner des candidats favorables à un plus grand rapprochement avec l’arrière-pays communiste. Depuis la fin du mois de septembre, les manifestants de Hongkong réclamaient l’abrogation pure et simple de cette décision. Reste à voir si les prochaines semaines leur permettront de retrouver un second souffle pour parvenir, avec d’autres moyens, à ce résultat.
(24 heures)



