CUBA: Les petits pas qui ont rapproché les ennemis

 

Une image est dans tous les esprits: la poignée de main échangée entre le président étasunien Barack Obama et son homologue cubain Raúl Castro, il y a tout juste un an, le 10 décembre 2013 à Soweto, en Afrique du Sud, lors de l’hommage rendu à feu Nelson Mandela. Déjà, on pressentait un tournant.

Mais en réalité, c’est depuis plus de quinze ans que des petits pas détendent progressivement les relations entre ces deux ennemis. Ainsi en 1998, sept ans après l’effondrement de l’Union soviétique et du bloc communiste, le président Bill Clinton déclarait que l’île castriste n’était plus une menace pour les Etats-Unis et annonçait sa volonté d’assouplir l’embargo. En octobre 2000, le Congrès a autorisé les sociétés étasuniennes à vendre à Cuba certains produits agroalimentaires et des médicaments. Même l’arrivée au pouvoir en janvier 2001 du républicain George W. Bush, très favorable aux sanctions, n’y a rien changé.

Résultat: en 2006, les Etats-Unis étaient devenus le troisième fournisseur de Cuba avec 11% des importations. Un an plus tard, le volume total du commerce américano-cubain atteignait 2,4 milliards de dollars et l’importation de produits agricoles 7,8 millions de tonnes de riz, de haricots, de maïs, de céréales, d’œufs et de poulet.

En 2006, quand Raúl Castro succède à son frère Fidel à la tête de l’Etat cubain, il met un frein aux diatribes anticapitalistes et s’efforce d’ouvrir le marché cubain.

Depuis son arrivée à la Maison-Blanche au début de 2009, le démocrate Barack Obama a levé toutes les restrictions sur les voyages vers Cuba et sur les remesas, système permettant aux Cubains des Etats-Unis de soutenir financièrement leurs proches restés sur l’île. En avril, des représentants des deux pays entament des discussions informelles pour relancer le dialogue. Un élan douché par l’arrestation en décembre de l’Américain Alan Gross.

En février 2013, une mission de parlementaires démocrates et républicains se rend à La Havane. En juillet, le régime cubain s’abstient d’offrir l’asile à Edward Snowden, recherché par les services américains. Puis en décembre dernier, peu après la poignée de main historique, Raúl Castro se déclare prêt à dialoguer avec les Etats-Unis à condition que l’indépendance et le système politique de l’île soient respectés. L’opinion publique est mûre. En février dernier, un sondage dans le New York Times indique que 56% des Américains souhaitent la levée de l’embargo. Et même 63% en Floride où vivent nombre d’exilés Cubains. Simultanément, l’Union européenne annonce la mise en place d’un processus de normalisation avec Cuba.

Au début du mois d’octobre, Washington retire son veto à l’entrée de Cuba dans l’Organisation des Etats américains (OEA). L’éditorialiste du New York Times titre: «Obama doit mettre un terme à l’embargo contre Cuba!» Le 17, les Etats-Unis remercient Cuba pour son aide dans la lutte internationale contre le virus Ebola. Il ne restait plus qu’à faire le dernier pas.

(24 heures)