PIRATAGE: Comment Pyongyang a flingué le film qui tue

 

 

Un scénario de film d’espionnage situé en pleine guerre froide n’aurait pas fait mieux. Attaqués par des pirates informatiques, et au vu de nouvelles menaces ciblant les salles qui passeraient le film, les studios Sony Pictures ont décidé jeudi de renoncer, à l’échelle nord-américaine, et peut-être même mondiale, à diffuser le film «L’Interview qui tue», une comédie satirique mettant en scène un projet d’assassinat du leader nord-coréen Kim Jong-un par la CIA. Le film devait sortir pour Noël aux Etats-Unis et le 11 janvier en Europe.

Dès le début de la promotion de cette comédie, le régime nord-coréen a fait savoir son irritation, parlant d’«acte de guerre» et menaçant les Etats-Unis de «représailles impitoyables». L’ambassadeur nord-coréen à l’ONU s’est aussi plaint d’une telle insulte. A la fin du mois de novembre, le scénario se corse encore: des pirates informatiques, se surnommant «Guardians of peace», attaquent Sony Pictures et publient e-mails, adresses et même numéros de sécurité sociale de 47’000 employés, ainsi que des échanges gênants de dirigeants de l’entreprise.

Tous les regards se tournent vers Pyongyang, qui affirme n’avoir aucune responsabilité dans les cyberattaques ou les menaces. Mais depuis jeudi, l’administration Obama laisse entendre que l’enquête est arrivée à une conclusion: l’opération aurait été parrainée par un Etat, et il ne ferait guère de doute qu’il s’agit de la Corée du Nord, laissent filtrer des sources. Le New York Times rapporte pour sa part que les autorités américaines s’interrogent sur l’opportunité de rendre publiques leurs investigations. Mais des doutes sont permis: le 9 décembre, un responsable du FBI a déclaré qu’on ne pouvait pas déterminer l’origine de l’attaque ni son caractère politique. Un chantage financier figurerait dans les courriers de menace.

Opération crapuleuse ou complot politique? Toujours est-il que l’opinion publique américaine a le sentiment que Sony Pictures a rendu les armes devant les pressions de Pyongyang, qui a finalement réussi à faire abattre le film. Selon des médias américains, avant que l’affaire ne prenne de telles dimensions, Sony Pictures aurait elle-même envisagé de modifier les passages du film jugés les plus offensants pour le régime nord-coréen.

(24 heures)