«Une forte odeur de plastique brûlé nous a réveillés.» Georges Sarandis est un des rescapés du ferry Norman Atlantic qui a pris feu à l’aube, dimanche, au large des côtes albanaises, au niveau du canal d’Otrante, déclenchant une vaste opération de sauvetage pour les 56 membres d’équipage et 422 passagers dont dix Suisses de quatre familles d’origine grecque ou moyen-orientale. Au bilan, l’accident n’aura fait qu’un mort – un Grec de Zurich piégé sur la rampe d’évacuation du bateau – et deux blessés. Le bateau italien opérant pour la compagnie grecque Anek faisait la liaison entre le port grec de Patras et la ville italienne d’Ancône, quand un incendie est parti du garage où étaient parqués de nombreux camions et quelques véhicules particuliers.
«Une fumée étouffante»
«En mettant les pieds hors du lit, on a senti le plancher brûlant. Avec des bruits de pneus qui éclataient en rafales. On est sorti en catastrophe de notre cabine. Et là, c’est la fumée qui nous est arrivée en pleine figure», raconte ce témoin. Le calvaire de Georges Sarandis et des autres passagers n’a pas pris fin rapidement. Des vents soufflant d’une force de 10 degrés sur l’échelle Beaufort (qui en compte 13), des vagues de plus de 6 mètres, de la pluie et de la grêle auront gêné les secours toute la journée. Une fumée étouffante, porteuse de suie noire, rendait en outre toute visibilité difficile à plus de quelques mètres.
«Il n’y avait pas eu de déclenchement d’alarme que les passagers s’arrachaient déjà les gilets de sauvetage, explique Athena. Personne ne savait où aller, c’était la panique. Aucune coordination, ni aide de l’équipage. Tout le monde s’est précipité dans les canots en enfilant vite un gilet de sauvetage. On est monté à plus de 50 dans chaque embarcation, jusqu’à ce qu’il n’y en ait plus.» Ce récit qui fait froid dans le dos est aussi celui que certains des passagers ont envoyé à leurs familles, grâce à leurs téléphones portables.
«Pas assez de canots»
«Nous étions tous sur le pont, mouillés et transis par le vent glacial. On parlait entre nous du feu qui a bizarrement pris en plusieurs endroits en même temps. Et surtout de la très mauvaise coordination du sauvetage: pas assez de canots, pas d’instructions claires, car l’équipage ne parlait aucune langue étrangère. On a attendu, livrés à nous-mêmes, même si le capitaine nous a exhortés à la patience», témoignait encore Georges Stylianos, en direct à la télévision grecque.
Selon les premières constatations, le bateau avait pris la mer malgré des recommandations faites lors de la dernière inspection, en date du 19 décembre, concernant le plan et les moyens de sauvetage, les règles d’urgence en cas d’incendie et l’étanchéité des portes.
«Mauvaises conditions météo»
Pendant l’évacuation, Fotis Tsankidis a aussi eu très peur: «Le moteur de notre canot de sauvetage est tombé en panne une minute après notre mise à l’eau. Les vagues le ramenaient sans cesse sur le bateau. On a réussi à le faire avancer et on est arrivé à proximité d’un cargo. On s’est accroché et on a grimpé tant bien que mal à l’échelle. De notre canot, tout le monde a été sauvé. Seul un curé italien est tombé à l’eau, mais on l’a finalement récupéré.» Parmi les passagers, de nationalité grecque et italienne pour la plupart, 167 avaient été évacués hier soir, tandis que le ferry commençait à pencher inexorablement.
«C’est l’opération de sauvetage la plus grave à laquelle nous ayons eu à faire face depuis longtemps. Car les conditions météorologiques étaient dramatiquement mauvaises. Il était très difficile pour les secours d’arriver sur place, que ce soit par mer ou par air», commentait hier Miltiadis Varkitsiotis, le ministre grec de la marine marchande. Huit bateaux tournaient autour du ferry, afin de former une ceinture de protection contre la houle et faciliter les secours. Hélicoptères, remorqueurs, cargos pompiers des armées grecque et italienne se sont affairés toute la journée pour maîtriser les flammes et procéder aux évacuations. Les autorités albanaises ont aussi apporté leur soutien lors de cet accident qui aurait pu être beaucoup plus grave.
(24 heures)



