Sans président, la Grèce va dissoudre son parlement

 

Le Parlement grec a échoué ce lundi 29 décembre dans sa troisième tentative d’élire un président de la République: il va donc être dissous. Des législatives anticipées sont prévues le 25 janvier avec, comme favori, le parti de la gauche radicale Syriza qui effraie les marchés.

Stavros Dimas, l’ancien commissaire européen, candidat de la coalition gouvernementale, a recueilli 168 voix au troisième et dernier tour de scrutin, un résultat inchangé par rapport au deuxième tour. Il lui en fallait 180 pour devenir chef de l’Etat.

Prenant acte de la défaite de son candidat, le premier ministre Antonis Samaras, à qui ces législatives risquent d’être fatales, a décidé de les organiser dès la première date possible, soit le 25 janvier.

Il s’est dit confiant dans la victoire de son parti de centre-droit, Nouvelle démocratie. Il a ajouté qu’il ne permettrait «à personne» de remettre en cause la place de la Grèce au sein de l’Union européenne (UE).

Mauvais accueil des marchés

Le parti de la gauche radicale Syriza est en tête dans les intentions de vote pour ces législatives avec, selon un sondage Alco publié samedi, 28,3% contre 25% pour Nouvelle démocratie. Un résultat qui fait peur aux marchés, puisque le parti veut renégocier les conditions de l’aide financière internationale accordée à la Grèce par l’UE et le Fonds monétaire international (FMI),

La Bourse d’Athènes a ainsi perdu jusqu’à 11% juste après le résultat du scrutin, avant de clôturer sur une baisse de 3,91%.

La Grèce vit depuis 2010 sous perfusion de ses créanciers internationaux (UE, BCE et FMI) qui se sont engagés à lui prêter 240 milliards d’euros en échange d’une austérité drastique.

«Ça ne pourra pas être pire»

«Les probabilités d’une nouvelle crise profonde en Grèce avec une possible sortie de la zone euro sont de l’ordre des 30%. C’est un risque important», ont déjà calculé les analystes de chez Berenberg.

«Personne ne sait si le résultat des élections anticipées va déboucher sur un gouvernement viable», a déclaré Theodore Krintas, responsable de la gestion de patrimoine chez Attica Bank, à Athènes. «Aucune décision économique majeure ne peut être prise avant la formation d’un nouveau gouvernement et cela se reflète sur les marchés aujourd’hui», a-t-il ajouté. Craig Erlam, analyste chez Alpari, refuse de céder au catastrophisme.

«Jour historique»

La BCE a promis lundi de ne pas s’immiscer dans le processus électoral, ajoutant attendre d’Athènes des propositions pour gérer au mieux les discussions sur le plan d’aide. Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et le ministre des Finances allemand, Wolfgang Schäuble, ont eux aussi manifesté ces derniers jours de sérieuses réserves à l’idée d’une arrivée au pouvoir de Syriza.

Alexis Tsipras, le député européen de 40 ans qui dirige Syriza, n’a rien fait pour calmer ces craintes à la sortie du vote : «C’est un jour historique. Avec la volonté du peuple, dans quelques jours, les plans d’austérité appartiendront au passé, l’avenir peut commencer», a-t-il lancé.

«S’en tenir aux accords»

Pourtant Alexis Tsipras a adopté un ton plus modéré ces derniers temps, cherchant à rassurer les bailleurs de fonds internationaux. Il a promis de maintenir la Grèce dans la zone euro et de négocier une fin à l’accord de sauvetage plutôt que de l’abandonner unilatéralement. Il a cependant maintenu sa promesse de revenir sur de nombreuses mesures d’austérité imposées pendant la crise.

Wolfgang Schäuble a toutefois déclaré lundi que «de nouvelles élections ne changeront pas les accords que nous avons conclus avec le gouvernement grec. Un nouveau gouvernement devra s’en tenir aux accords conclus par son prédécesseur», a-t-il poursuivi.

(ats/Newsnet)