Même indirecte, l’entrée en scène d’Angela Merkel dans la campagne électorale a fait l’effet d’une bombe, ce week-end en Grèce. A trois semaines des législatives anticipées du 25 janvier, la chancelière se serait, selon le site Internet du magazine Der Spiegel, déclarée prête à laisser sortir la Grèce de la zone euro en cas d’arrivée au pouvoir de SYRIZA, le parti de la gauche radicale dirigé par le charismatique Alexis Tsipras.
Cette manière fort peu cavalière d’Angela Merkel de faire pression sur les électeurs grecs va sans aucun doute dramatiser encore un peu plus ce scrutin anticipé. Un scrutin convoqué après que le parlement grec, faute de majorité claire, a été incapable d’élire le nouveau président de la République le mois dernier.
On l’aura compris, l’enjeu de ces élections est décisif, non seulement pour la Grèce, mais aussi pour l’avenir de l’Europe et de sa monnaie. Car, pour la première fois depuis l’après-guerre, un parti de la gauche radicale, SYRIZA, est en position de challenger. Moins par adhésion idéologique que par le soutien d’une partie importante de la population, épuisée par cinq années d’austérité. Des Grecs qui craignent de voir la politique de rigueur s’amplifier, sans amélioration tangible de la lutte contre le chômage (27% de la population, 60% chez les jeunes).
La coalition gouvernementale, composée du parti conservateur Nouvelle Démocratie et du Parti socialiste PASOK, doit donc tout faire pour réussir le pari pris en avançant l’élection présidentielle, et donc les législatives.
Peur du changement
Antoni Samaras a pris personnellement les choses en main en direct de son bureau de premier ministre. Les spots de campagne, déjà prêts, jouent sur la crainte du changement: «En cas de victoire, SYRIZA conduira le pays à la banqueroute. Nous sommes la garantie de la stabilité; nous avons fait la plus grande partie du chemin. Ce n’est pas le moment de s’arrêter, sinon les sacrifices des Grecs de ces cinq dernières années auront été vains.»
Ce climat de peur s’est encore alourdi avec l’arrestation, fort à propos samedi, d’un présumé terroriste, Christodoulos Xiros. Ex-membre de l’organisation armée révolutionnaire du 17-Novembre, il était en fuite depuis un an. Selon la police et le ministre de l’Ordre public, il préparait un attentat contre la prison de Korydallos, à Athènes.
C’est dans ce contexte que le gouvernement a reçu le soutien à peine voilé de la chancelière allemande. En effet, selon le Spiegel, la position de Berlin aurait spectaculairement changé. «Le gouvernement allemand juge quasi inévitable une sortie de la Grèce de la zone euro, si Alexis Tsipras dirige le gouvernement après les élections et abandonne la ligne de rigueur budgétaire en ne remboursant plus les dettes du pays», assure le magazine allemand.
Réponse cinglante du leader de SYRIZA Alexis Tsipras: «Le 25 janvier, ce ne sont pas les Allemands qui votent, mais les Grecs. Malheureusement pour Monsieur Samaras.»
Le revenant Papandréou
Cette polarisation du paysage politique risque d’être perturbée par l’arrivée inopinée d’un revenant, George Papandréou. L’ancien premier ministre socialiste – qui avait démissionné en 2011 après avoir provoqué un tollé en proposant un référendum sur l’euro – vient de créer in extremis un nouveau parti, «le mouvement des socialistes démocrates». Estimé à 5% des intentions de vote, ce nouveau venu va définitivement anéantir le PASOK. Mais surtout, il va jouer les supplétifs au profit du premier ministre, en contrecarrant l’avancée de SYRIZA, dont les derniers sondages accusent une légère baisse.
La tension va croître ces trois prochaines semaines. En Grèce, mais aussi en Europe, car tout changement radical à Athènes serait un signal crucial pour les élections à venir dans d’autres pays comme l’Espagne, l’Italie ou l’Irlande.
(24 heures)



