ETATS-UNIS: Djokhar Tsarnaev risque la peine de mort

 

Silhouette frêle d’adolescent, l’unique accusé des attentats de Boston a fait face ce lundi 5 janvier pour la première fois aux jurés potentiels qui devront décider s’il doit ou non être exécuté. Vingt mois après le carnage du double attentat du marathon, qui avait fait trois morts et 264 blessés dans cette ville du nord-est des Etats-Unis, son procès s’est ouvert au tribunal fédéral de Boston par la sélection des jurés, au milieu de mesures de sécurité renforcées.

Les plus graves attentats depuis le 11-septembre

Les débats devraient commencer le 26 janvier, a précisé le juge fédéral George O’Toole, ajoutant que le procès devrait durer de trois à quatre mois.

Djokhar Tsarnaev, 21 ans, jeune musulman d’origine tchétchène naturalisé américain en 2012, risque la peine capitale pour ces attentats, les plus graves depuis le 11-Septembre aux Etats-Unis.

Chemise et pull sombre, pantalon clair, tignasse rebelle et petite barbe, Tsarnaev, extrêmement pâle, regardait lundi tour à tour le juge et le sol, semblant vouloir éviter les jurés potentiels qui lui faisaient face. Un premier groupe de 200 à 250 avait été convoqué dans la matinée, un deuxième a suivi en début d’après-midi.

Le juge George O’Toole leur a brièvement expliqué pourquoi Tsarnaev était jugé, et ajouté que, s’ils étaient retenus, ce serait à eux de décider entre peine de mort et réclusion à perpétuité.

Juré partial?

Et il a insisté sur la nécessité de composer un «jury cherchant la vérité, honnête et impartial». Le carnage avait traumatisé la ville de 646.000 habitants, et la défense de Tsarnaev avait demandé en vain ces derniers mois que le procès ait lieu ailleurs.

Elle avait fait valoir que la majorité des Bostoniens et résidents alentour avaient entendu parler de près ou de loin des attentats, et qu’il serait impossible de composer un jury impartial.

Le juge O’Toole a refusé, mais la sélection des jurés se fait à partir d’un groupe particulièrement important de 1.200 personnes qui doivent se présenter d’ici à mercredi au tribunal.

Entre peine de mort et perpétuité

Si Tsarnaev est reconnu coupable, le même jury devra, à l’unanimité, décider entre peine de mort et réclusion à perpétuité. Tous les jurés doivent donc être ouverts à la possibilité de la peine capitale.

Le procès est assuré de remuer des souvenirs encore douloureux à Boston. Une seule victime s’était déplacée lundi matin pour la sélection des jurés. Certaines se sont promis ne pas manquer une journée des débats, pour essayer de comprendre. D’autres refusent même d’entrevoir Tarnaev, qui était étudiant au moment du drame, et apparemment bien intégré.

Il était arrivé dans la région de Boston avec sa famille quand il avait huit ans.

La défense devrait s’appliquer à présenter son frère Tamerlan, 26 ans, comme le cerveau de ces attentats que les frères radicalisés avaient apparemment préparés seuls.

Quatre jours de cavale

A l’issue d’une chasse à l’homme menée par des milliers de policiers, qui avait transformé Boston en ville morte, Djokhar Tsarnaev avait été arrêté quatre jours après les attentats, quelques heures après la mort de son frère lors d’une confrontation avec la police.

Il était caché dans un bateau, dans un jardin en banlieue de Boston, grièvement blessé.

Détenu quasi à l’isolement à la prison hôpital de Fort Devens, il avait plaidé non coupable des 30 chefs d’accusation retenus contre lui, dont utilisation d’une arme de destruction massive ayant entraîné la mort, et attentat dans un espace public.

L’un des avocats de Tsarnaev, Judy Clarke, est une spécialiste des affaires de peine de mort. Elle l’a évitée à plusieurs de ses clients, notamment à l’auteur des attentats des Jeux d’Atlanta en 1996 (2 morts). Mais il lui faudrait parvenir à un accord avec les procureurs, qui n’y semblent pas disposés à ce stade.

(ats/Newsnet)