La manifestation «contre l’islamisation» de la société a réuni lundi 18’000 personnes, selon la police, à Dresde, dans l’est de l’Allemagne. Il s’agit d’une participation record depuis le début de ce mouvement qui s’est cependant heurté à une vaste contre-mobilisation dans plusieurs autres grandes villes.
«Nous sommes le peuple !»
Lundi les manifestants du mouvement «Européens patriotes contre l’islamisation de l’Occident» (Pegida) ont de nouveau scandé «Wir sind das Volk !» («Nous sommes le peuple !»), un slogan naguère entonné par les manifestants contre le régime de la RDA, peu avant la chute du Mur de Berlin.
Mais en face, quelque 3000 contre-manifestants s’étaient rassemblés avec pour slogan «Venez, on va parler ! Attaquons-nous vraiment aux problèmes !», notamment à l’initiative d’un collectif d’associations baptisé «Dresde pour tous».
Rapport inversé
Dans le reste de l’Allemagne, le rapport de forces entre partisans et détracteurs de Pegida était cependant inversé. A Rostock, autre ville d’ex-RDA, ce sont en effet les opposants au mouvement qui se sont fait entendre, scandant en particulier «Willkommen im Abendland!» (Bienvenue en Occident !).
A Cologne (ouest), selon un correspondant de l’AFP, «quelques milliers» d’opposants à Pegida faisaient face à «quelques centaines» de personnes dénonçant l’«islamisation». «Critiquer l’islam, oui, mais la haine de l’étranger, c’est inhumain», pouvait-on lire sur une banderole des contre-manifestants.
Les ponts sur le Rhin, l’hôtel de ville et l’emblématique cathédrale avaient été éteints en signe de protestation contre Pegida. L’église catholique a expliqué qu’elle militait contre les discriminations, pour la liberté religieuse et ne voulait pas «offrir de beau décor» à ce mouvement.
Collectif Tegida
A Berlin, environ 300 militants anti-«islamisation» s’étaient réunis aux abords de l’hôtel de ville tandis que quelque 5000 contre-manifestants, selon l’agence de presse allemande DPA, se dirigeaient vers la porte de Brandebourg, parmi lesquels le ministre fédéral de la Justice, Heiko Mass. L’éclairage du bâtiment, symbole de la capitale allemande, avait lui aussi été coupé.
Sur son compte Twitter, le ministère des Affaires étrangères a diffusé des photos de ce cortège, accompagnées d’un message dans lequel il affirme qu’il ‘n’y «pas de place pour une agitation xénophobe en Allemagne».
Dans les villes de Munster (nord-ouest, 10’000 personnes), Stuttgart (sud, 8000) ou encore Hambourg (nord, 4000), les anti-Pegida s’étaient également mobilisés. Dans cette dernière ville, la manifestation avait été organisée par un collectif baptisé «Européens tolérants contre la crétinisation de l’Occident» (Tegida).
Plusieurs cibles
Le mouvement Pegida affirme refuser «l’islamisation» de la société allemande, s’opposer aux djihadistes ou aux étrangers qui refuseraient de s’intégrer. Ses cibles : l’islam, les étrangers, les médias («tous des menteurs»), les élites politiques, le multiculturalisme, etc., qui dilueraient la culture chrétienne allemande.
Angela Merkel avait appelé ses compatriotes à ne pas participer à ses manifestations. Elle estimait qu’elles étaient organisées par des gens au «coeur» rempli de «préjugés» et de «haine», dans son allocution du Nouvel An.
Le mouvement Pegida avait été déclenché en octobre à Dresde, la capitale de la Saxe. La précédente manifestation en date, trois jours avant Noël, avait réuni 17’500 participants.
(ATS/Newsnet)



