«Aujourd’hui, l’islam est à la croisée des chemins»

 

Il n’en est pas à son premier coup d’essai. Voilà quelques années que Nabil Malek a été rattrapé par le virus de l’écriture. Ce financier d’origine égyptienne installé en Suisse sillonne le monde à l’affût de placements pour ses clients. Fort de son expérience du Proche et Moyen-Orient, il a levé le voile, il y a deux ans, sur les dessous de la prostitution dans les pays du Golfe. Cette fois, il s’attaque à un sujet bien plus complexe, celui de la place de l’islam dans les sociétés arabes.

Le personnage central du roman est un policier égyptien copte, Shaker Ayoub, qui part à la poursuite d’un criminel qui tue au nom de Dieu. A travers une enquête menée tambour battant, l’auteur propose une immersion dans un inconscient collectif en évitant tous les pièges qui renvoient à une lecture trop facile du malentendu qui oppose l’Occident au monde musulman. Avec son roman, Nabil Malek nous montre que les événements récents sont finalement simples à comprendre et qu’ils ne relèvent pas d’un choc des civilisations ou d’une impossibilité à vivre ensemble mais d’une utilisation de l’islam à des fins politiques. Pour lui, «l’Etat islamique en est un exemple frappant». «Les terroristes ne sont pas religieux. Ils n’ont pas lu le Coran. Ils ne connaissent pas les hadiths, les récits du prophète», explique-t-il.

Nabil Malek renvoie chacun à ses propres failles. «L’islam ne doit pas se concentrer sur le djihad, mais sur le ijtihad, la réflexion en profondeur pour interpréter les textes de l’islam», dit-il. Et de poursuivre: «La lecture radicale des versets du Coran doit être modifiée. Et cet effort doit commencer dans les pays arabes mais aussi chez les imams européens. Il en va de la survie de cette religion. Il y a quantité de réformistes du Caire à Lahore. Ils prônent un islam sans soumission et fraternel. La notion de dar el harb (ndrl: terre de la guerre)doit disparaître.» Quant à l’Occident, il rappelle que son ingérence dans les affaires du monde arabe a été perçue par les musulmans comme une agression qui a réveillé la peur de voir leur culture et leur religion menacées.

«L’islam est à la croisée des chemins», résume Nabil Malek. «Le mal doit être extirpé, c’est l’avis de la plupart des musulmans que je côtoie tous les jours depuis des années», assure-t-il.

«Le dernier chrétien de Tahrir» Vient de paraître aux Editions L’Harmattan, collection Lettres du monde arabe. Dédicace chez Payot Genève, le 13 février.

(TDG)