Proche-Orient: L’eau vient à manquer, avertit le CICR

 

Le rapport publié à Genève par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) s’intitule «Exsangue». Le sous-titre est tout aussi éloquent: «comment les conflits au Moyen-orient amènent la région au bord d’une catastrophe de l’eau».

Les ressources en eau dans la région sont proches du point de rupture, affirme le CICR. «Les ressources s’épuisent rapidement. Les infrastructures sont endommagées dans une région déjà marquée par la pénurie. Si nous ne réagissons pas, nous allons atteindre un point de rupture», a prévenu le président du CICR Peter Maurer.

Le conflit israélo-palestinien, la guerre en Syrie avec l’afflux de réfugiés au Liban et en Jordanie, trois décennies de guerre et de sanctions en Irak, les combats au Yémen ont aggravé une situation qui a toujours été précaire.

Plusieurs facteurs se conjuguent: un climat de plus en plus sec, des systèmes de distribution endommagés par les guerres et non réparés, des attaques directes contre les installations de la part des belligérants, la contamination de l’eau faute d’usines de retraitement en état de fonctionner, et une demande en hausse, en particulier en raison du déplacement de 12 millions de Syriens.

Arme de guerre interdite

«Utiliser l’accès à l’eau comme une tactique ou une arme de guerre ou viser des installations non seulement viole les lois de la guerre, mais a des effets très nuisibles sur la vie des gens dont la santé est déjà fragile», a soulignée Robert Mardini, chef des opérations du CICR pour le Moyen-Orient.

L’organisation dénonce aussi les attaques contre les stations électriques qui ont un impact sérieux sur le traitement des eaux usées, la qualité de l’eau, le fonctionnement des centres de santé.

«Dans des pays comme l’Irak, la Syrie, la Jordanie, le Liban, le Yémen et les territoires palestiniens, une grande partie des infrastructures est vétuste», a expliqué Michael Talhami, conseiller du CICR pour les ressources en eau au Moyen-Orient.

Manque d’entretien

En raison de périodes prolongées de conflit, dans certains cas aussi à cause de sanctions internationales, ou de l’absence d’investissements, l’entretien et la réhabilitation des systèmes d’eau ont été négligés par les municipalités.

De grandes quantités d’eau sont perdues à cause des fuites. En Syrie, les autorités locales ont estimé que l’an dernier 60% de l’eau pompée a été perdue en raison de fuites dans le réseau endommagé par le conflit.

Le prix de l’eau augmente. Soit parce que les distributeurs doivent utiliser des générateurs pour compenser la faiblesse du réseau électrique, soit que les gens doivent acheter l’eau directement de privés la vendant dans des camions-citernes. Une utilisation intensive pour l’agriculture a aussi conduit à la baisse du niveau de la nappe phréatique et à des coûts de pompage plus élevés.

Pour répondre à la pénurie, le CICR et les sociétés de Croix-Rouge et du Croissant-Rouge ont pu réparer des installations qui ont permis d’approvisionner en eau près de dix millions de personnes l’an dernier.

(ats)