Il va falloir empêcher un Congrès sceptique de saboter un éventuel accord tout en prévenant le risque d’une rupture des pourparlers d’ici juin.
Le vrai test interviendra en effet d’ici le 30 juin, date butoir pour un règlement définitif de ce contentieux majeur dans les relations internationales. «C’est un développement encourageant, mais le diable se cache toujours dans les détails», souligne Edwin Lyman, de l’Union of Concerned Scientists, une ONG basée à Washington très critique vis-à-vis de l’énergie nucléaire.
M. Obama lui-même a averti jeudi que l’accord d’étape de Lausanne ne garantissait pas un succès au final. L’annonce d’un compromis entre l’Iran et le P5 1 n’a pas convaincu l’opposition républicaine, majoritaire au Congrès, de renoncer à des projets de loi qui pourraient saborder les futurs pourparlers. Un de ces projets exigerait que tout accord définitif soit validé par le Congrès.
Ecart alarmant
Le président de la Chambre des représentants, le républicain John Boehner, a estimé que l’accord de Lausanne représentait un «écart alarmant» par rapport aux buts initiaux de Barack Obama. Il n’a pas dit en quoi il s’en démarquait de façon «alarmante».
Le sénateur Marco Rubio, l’un des prétendants républicains à la présidentielle de 2016, en a jugé les termes «très préoccupants». Il a promis d’oeuvrer à la mise en place de nouvelles sanctions contre Téhéran.
Préparant la bataille à venir avec le Congrès, M. Obama a invoqué certains de ses prédécesseurs, dont les républicains Richard Nixon, l’homme de la normalisation avec la Chine, et Ronald Reagan, signataire des premiers accords sur la réduction des arsenaux nucléaires avec l’Union soviétique.
«Si le Congrès tue cet accord, alors les Etats-Unis seront accusés de l’échec de la diplomatie, l’unité internationale s’effondrera et la voie menant au conflit s’élargira», a-t-il dit. «Cela, le peuple américain le comprend, et c’est pourquoi de solides majorités soutiennent un règlement diplomatique à la question du nucléaire iranien».
Assez précis, assez vague?
M. Obama, qui s’est fait élire en 2008 à la Maison Blanche sur la promesse d’en finir avec les interventions militaires à l’étranger, pourrait aussi s’appuyer sur le contenu plutôt détaillé de l’accord-cadre, même si de nombreux points cruciaux n’ont toujours pas été réglés.
«La grande question est de savoir si c’est assez précis pour répondre aux demandes des opposants au Congrès et assez vague pour que les Iraniens puissent faire valoir à leur opinion qu’ils n’ont pas cédé sur tous les points», déclare Jon Alterman, directeur pour le Moyen-Orient du Center for Strategic and International Studies de Washington.
Un des points susceptibles de faire dérailler les négociations d’ici juin est le rythme de levée des sanctions de l’ONU. La question du rétablissement de sanctions en cas de non-respect par Téhéran de ses engagements est également un sujet sensible et le document américain ne précise pas comment les sanctions des Nations unies pourraient être de nouveau imposées dans ce cas de figure.
Les négociateurs américains et européens ont en effet tenté de mettre en place des sanctions automatiquement réversibles, mais la Russie s’y est opposée, estimant que cela réduirait son pouvoir de veto au Conseil de sécurité. Enfin, Barack Obama devra aussi s’efforcer de convaincre Israël, dont le gouvernement dénonce par avance un mauvais accord.
(ats)



