Méditerranée: «Au bout de cinq minutes, tu commences à couler»

 

Certains experts relèvent une aggravation des conditions de traversée alors que depuis le début de l’année quelque 1750 migrants ont péri en mer, soit 30 fois plus que l’année dernière à la même période. «Les bateaux sont toujours plus vétustes et toujours plus chargés. Les barques en bois, les canots pneumatiques, c’est du très vieux à chaque fois», observe Flavio di Giacomo, porte-parole de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) en Italie.

«Au bout de quelques heures de navigation, ils commencent à prendre l’eau. C’est pour cela qu’on a de plus en plus de mal à les secourir», note-t-il. Ainsi, lorsqu’un navire des gardes-côtes a amené la semaine dernière à Augusta, en Sicile, plus de 600 migrants secourus sur cinq embarcations différentes, les humanitaires présents ont parlé a priori d’une opération de routine.

Et pourtant, chacune des cinq embarcations prenait sérieusement l’eau quand les secours sont arrivés, et à chaque fois le drame a été évité de justesse, ont expliqué par la suite des migrants.

«Bons pour la casse»

«L’eau a commencé à entrer. Nous avons appelé les secours, il était 13 heures, nous avons attendu, attendu… tous ensemble on tremblait, les femmes pleuraient», a raconté l’un d’eux en provenance du Nigeria. Le bateau des gardes-côtes italiens est arrivé à trois heures du matin.

Mais pour le capitaine de frégate Michele Maltese, porte-parole des gardes-côtes de Catane, «les embarcations ont toujours été vétustes. Ce sont des bateaux bons pour la casse. Le problème, c’est qu’ils sont de plus en plus surchargés. Sur un bateau de pêche prévu pour dix personnes, les trafiquants en entassent 400 à 500. Une vague de 30 cm suffit pour que l’embarcation prenne l’eau», ajoute-t-il.

Cette année, comme l’année dernière, «pour chaque bateau, le risque est très élevé», insiste le porte-parole. D’autant que les trafiquants ne laissent aucune chance aux migrants. Un jeune Guinéen arrivé à la mi-avril en Italie avait payé à prix d’or un gilet de sauvetage. «Mais c’était du ‘made in China’, et au bout de cinq minutes dans l’eau tu commences à couler», a-t-il déclaré.

Détruits ou à la dérive

Par mesure de sécurité, les gardes-côtes essaient de séquestrer les embarcations une fois leurs passagers mis en sûreté, afin qu’elles soient détruites dans un port italien, explique M. Maltese. Mais il arrive souvent que la mer soit trop mauvaise ou que l’état des migrants ne permette pas de prendre le temps de remorquer un bateau. «La sécurité des personnes est notre priorité», insiste-t-il.

Le bateau est alors laissé à la dérive et signalé aux navires circulant dans la zone. «Il y a déjà beaucoup de débris dans l’eau, le danger pour la navigation n’est que relatif», fait-il valoir.

Déjà à deux reprises cette année, en février puis en avril, des trafiquants armés sont venus menacer les secouristes pour récupérer une embarcation séquestrée. Signe qu’ils manquent de bateaux estime Frontex, l’agence européenne de contrôle des frontières.

(ats)