Burundi: Deux manifestants tués par balles à Bujumbura

 

Dans plusieurs quartiers de la capitale burundaise, où les forces de sécurité avaient été déployées en masse, des milliers de manifestants se sont rassemblés. Ils ont bravé une interdiction du gouvernement qui a récemment multiplié les mises en garde contre toute tentative de «soulèvement».

Des témoins ont rapporté qu’un manifestant avait été tué par balle dans le quartier de Ngagara et un autre dans celui de Musaga, après que la police a tiré à balles réelles pour disperser la foule.

3e mandat inconstitutionnel

L’opposition et de nombreux pans de la société civile jugent qu’un troisième mandat du président Nkurunziza serait inconstitutionnel et contraire aux accords d’Arusha, qui ont ouvert la voie à la fin de la longue guerre civile burundaise (1993-2006). La candidature de M. Nkurunziza à la présidentielle du 26 juin «risque de plonger le Burundi dans le chaos», a même lancé samedi l’un des principaux opposants du pays, Agathon Rwasa.

Dimanche, les heurts ont éclaté en plusieurs points de la capitale, les forces de l’ordre faisant également usage de canons à eau et de gaz lacrymogènes.

Plusieurs blessés

«Nous avions appelé à des manifestations pacifiques et c’est ce qui s’est passé. Mais la police et la milice du parti au pouvoir ont tiré à balles réelles sur les manifestants», a dénoncé le président du parti d’opposition Frodebu Léonce Ngendakumana.

Les médias locaux ont rapporté que plusieurs manifestants avaient été blessés ainsi que des policiers anti-émeutes. Ces derniers ont été touchés par des jets de pierres alors qu’ils tentaient d’empêcher des milliers de protestataires de converger vers le centre-ville. La police a procédé à une dizaine d’arrestations

Radio menacée de fermeture

Outre la répression des manifestants, le gouvernement a menacé la très populaire et influente radio privée RPA (Radio publique africaine) de fermeture, à moins qu’elle ne cesse la couverture en direct des événements de dimanche.

Samedi, sans surprise, le président Nkurunziza avait été désigné par son parti, le Cndd-FDD, candidat à la présidentielle. Ex-chef rebelle, grand sportif, Pierre Nkurunziza, 51 ans, est à la tête de l’État depuis 2005. Il avait été réélu en 2010.

Washington menace de prendre des sanctions

Les États-Unis ont regretté «une importante occasion manquée» pour la démocratie. Ils ont menacé les autorités burundaises de prendre des sanctions si le processus électoral n’était pas régulier.

Pour assurer son investiture à Pierre Nkurunziza, le camp du chef de l’État était allé jusqu’à faire le ménage au sein du parti présidentiel, divisé.

Quelque 130 hauts cadres «frondeurs», ouvertement opposés à ce troisième mandat, ont été évincés ces dernières semaines. Certains ont été emprisonnés, d’autres ont choisi la clandestinité, disant craindre «pour leur vie».

Le Burundi, un des pays les plus pauvres de la planète, qui vit sous perfusion de l’aide internationale, se remet à peine de sa guerre civile. A travers le pays, la population craint désormais une répétition des violences.

Plusieurs milliers de Burundais ont déjà fui au Rwanda voisin, terrorisés par les menaces des jeunes du Cndd-FDD qui, disent-ils, traquent les opposants au président sortant.

(ats)