Vietnam: Diatribe antiaméricaine 40 ans après la fin du conflit

 

«Ils ont commis d’innombrables crimes barbares, ont causé des pertes incommensurables et beaucoup de douleur à la population de notre pays», a lancé le Premier ministre Nguyen Tan Dung devant la foule réunie devant le palais de l’indépendance, pris d’assaut il y a 40 ans par les chars nord-vietnamiens.

Le «patriotisme ardent» a permis la victoire finale grâce à la «brillante et créative direction du parti», a ajouté M. Dung devant des régiments de soldats en uniforme brandissant une forêt de drapeaux marqués du marteau et de la faucille.

Aucun représentant américain n’était présent à la parade jeudi, mais l’ambassadeur américain devait assister un peu plus tard à une petite cérémonie au consulat d’Ho Chi Minh-Ville avec une association de vétérans.

Millions de morts

La guerre du Vietnam a fait des millions de morts côté vietnamien et 58’000 parmi les militaires américains. Des centaines de milliers d’autres ont été blessés, dont de nombreux intoxiqués par l’Agent orange, herbicide contenant de la dioxine qui avait été pulvérisé par les Américains sur de vastes étendues du pays.

Le conflit avait divisé l’opinion publique américaine, émue du sort des milliers de jeunes GI’s tués ou grièvement blessés. Les souffrances des civils vietnamiens ont aussi contribué à faire tourner l’opinion outre-Atlantique. Et la guerre du Vietnam reste pour Washington la première grande défaite d’une superpuissance qui se pensait imbattable.

Rebaptisée Ho Chi Minh-Ville après-guerre, Saïgon avait été bouclée jeudi pour que les régiments puissent défiler devant les hauts dirigeants du régime communiste, venus d’Hanoï pour l’événement. De nombreux chars ont défilé, dont un portant un portrait géant d’Ho Chi Minh, père de l’indépendance.

Perception changée

La cérémonie était retransmise en direct à la télévision. Les vétérans étaient à l’honneur, racontant leur fierté d’avoir combattu les Américains. «Un événement comme celui-ci est nécessaire pour aider les jeunes à comprendre le glorieux passé de notre pays», a expliqué à l’AFP Nguyen Van Hung.

Les victoires militaires passées sont largement utilisées par le pouvoir actuel pour légitimer sa mainmise. Mais la perception que les Vietnamiens ont de la guerre a bien évolué malgré la prédominance du récit historique officiel, estime Tuong Vu, professeur de sciences politiques à l’université de l’Oregon.

Auparavant, les gens considéraient qu’il s’agissait qu’une guerre de «libération nationale et d’unification». «Aujourd’hui, davantage de Vietnamiens voient cette guerre comme un événement tragique au cours duquel des Vietnamiens ont tué d’autres Vietnamiens – une guerre civile», ajoute-t-il. Dans ce contexte, les Vietnamiens sont de plus en plus indifférents, voire hostiles, à ces spectacles de patriotisme officiel.

A la fin des années 1980, le Vietnam communiste s’est ouvert à l’économie de marché, inaugurant une période de prospérité, accompagnée d’une forte corruption et du creusement des inégalités. Mais sur le plan politique et des libertés civiles, le Vietnam a conservé l’ancien modèle: un Etat à parti unique, sans aucune dissidence tolérée ni liberté des médias.

(ats)