Alors que le pays est pour la première fois confronté au multipartisme, le scrutin pourrait être fatal à certains candidats au 10 Downing Street. Le Premier ministre conservateur David Cameron, le libéral-démocrate Nick Clegg, son allié au sein du gouvernement, le chef des travaillistes Ed Miliband ou le trouble-fête du parti europhobe UKIP Nigel Farage, tous sont conscients d’être sur un siège éjectable.
Le Labour et les conservateurs à égalité à 35%, selon un sondage
Le Parti conservateur et le Parti travailliste sont à égalité à huit jours des élections législatives britanniques du 7 mai, selon un sondage ComRes pour la chaîne ITV et le Daily Mail rendu public mercredi. Ils rassemblent 35% des intentions de vote chacun. Le Parti de l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP), anti-européen, arrive en troisième position avec 11% des intentions de vote. Le Parti libéral-démocrate, actuel partenaire des Tories dans le gouvernement de David Cameron, est crédité de 7% des suffrages. Ce sondage donne 6% des voix aux Verts. Selon une autre enquête d’opinion, réalisée par l’institut YouGov et diffusé mercredi par le journal «The Sun», les Tories, avec 35%, progressent d’un point par rapport à la veille. Ils devancent le Labour (34%), qui, lui, recule d’un point. Le scrutin s’annonce comme le plus serré de l’histoire récente du Royaume-Uni. Aucun parti ne semble être en mesure d’obtenir de majorité absolue à la Chambre des Communes, ce qui ouvrira la voie à des tractations en vue de la formation d’un gouvernement de coalition.
Le maintien dans l’UE au coeur du prochain scrutin
Les étudiants de Falmouth suivront avec intérêt les législatives de début mai en Grande-Bretagne. En cas de victoire des conservateurs, le vote débouchera sur un référendum sur le maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne. Une large baie vitrée révèle le relief tout en vallons de cette partie des Cornouailles, région de l’extrême sud-ouest du pays. C’est ici, dans un bâtiment au design sobre et moderne, qu’est installé le département des jeux vidéo de l’université. Un étudiant s’est équipé de lunettes de réalité virtuelle dont il peaufine les réglages devant une table encombrée de câbles et de manettes. Sur les étagères, des manuels de programmation et une statuette du héros du jeu «Assassin’s Creed» devant une guillotine. «Tout cela n’existerait pas sans l’Europe», estime la présidente de l’université, Anne Carlisle, qui se plaît à imaginer Falmouth comme une petite Silicon Valley. Une «Falmouthfornie», plaisante-t-elle.
Au temps du bipartisme et de l’alternance Tories-Labour (conservateurs-travaillistes), le duel se soldait par un vainqueur et un vaincu. «Mais aujourd’hui, ils sont quatre à se battre pour leur survie», selon Steven Fielding, professeur d’histoire politique à l’université de Nottingham.
Pour compliquer encore la donne avec le nouveau régime du multipartisme, gagner ne suffira plus cette fois. Encore faudra-t-il remporter la palme confortablement. En 2010, David Cameron a mis fin à treize ans de pouvoir travailliste mais sans décrocher la majorité absolue à la Chambre des communes. Il avait déjà dû conclure un mariage de raison inédit avec les lib-dem (libéraux-démocrates).
Cameron peu populaire
«S’il n’est pas réélu Premier ministre, il quittera la scène politique», tranche Simon Hix, politologue à la London School of Economics (LSE), évoquant le devenir de David Cameron.
Il pourrait aussi être poussé à court ou moyen terme vers la sortie s’il se voit contraint à forger une nouvelle alliance. «Cameron n’est pas populaire dans son parti. Je ne crois pas qu’il soit en sécurité en cas de nouvelle contre-performance», fait valoir Stephen Ingle, professeur de sciences politiques à l’université de Stirling.
«Les conservateurs sont plus féroces que les travaillistes quand il s’agit de virer leurs dirigeants», confirme Tony Travers de la LSE.
A dire vrai, David Cameron s’est affaibli en proclamant qu’il ne briguerait pas de troisième mandat, citant dans la foulée trois successeurs potentiels, dont le bouillant maire de Londres Boris Johnson. Mais «BoJo» n’a pas convaincu le jour où il a assuré «avoir plus de chance de se réincarner en olive que de devenir Premier ministre».
L’ombre du frère
Le principal rival du Premier ministre sortant, Ed Miliband, a pris la tête des travaillistes en 2010 dans des circonstances dignes d’une tragédie grecque. Il a «poignardé son frère» David également candidat et favori, s’est permis de rappeler en pleine campagne le ministre de la défense Michael Fallon. Depuis, Ed Miliband souffre d’une cote de popularité à la traîne par rapport à celle de son parti, malgré une embellie avant le 7 mai.
«Il partira s’il est battu au terme de cinq ans de politique d’austérité» conservatrice, prédit déjà Simon Hix. «Je crois que l’écrasante majorité des députés préféreraient avoir affaire au frère», souligne de son côté Stephen Ingle.
Nick Clegg en danger
Le troisième homme des dernières législatives, le lib-dem Nick Clegg a vu son soutien s’effondrer au fil du quinquennat. S’il est «décapité» dans sa ville de Sheffield (centre), il devra céder la place, commente Tony Travers.
«Il est quasi certain qu’il partira si son parti enregistre un score vraiment mauvais», renchérit le professeur Ingle. Mais une échappatoire est toujours possible s’il conserve encore assez de députés. Il pourra alors au choix continuer à gouverner avec les conservateurs de M. Cameron ou faire alliance avec le Labour.
Farage joue gros
Après son triomphe au scrutin européen de 2014, l’europhobe Nigel Farage avait claironné que son «armée du peuple» allait prendre d’assaut la Chambre des communes. Mais les 13% que conserve l’UKIP à moins de deux semaines du scrutin se traduiraient par une poignée de députés. En cas d’échec à se faire élire à South Thanet, dans son Kent natal, «ce sera rideau pour moi» a déjà prévenu M. Farage.
La seule assurée de survivre aux législatives n’est pas candidate. Nicola Sturgeon dirige le parti nationaliste écossais (SNP). Elle compte écraser les travaillistes en Ecosse quitte à les aider à former un gouvernement central. Les médias la dépeignent déjà en «reine d’Ecosse» à Edimbourg et «en faiseuse de roi» à Londres.
(ats)




