Les critiques fusent. Depuis les révélations sur des viols présumés d’enfants par des soldats français en mission de paix en Centrafrique, l’ONU est sous pression. On la soupçonne d’avoir voulu taire ces faits présumés, accusation alimentée par la mise à pied la semaine dernière à Genève d’un haut cadre ayant fait fuiter les informations et alerté les autorités françaises.
Les critiques viennent de toutes parts. Le quotidien britannique The Guardian, premier média à avoir sorti les révélations sur l’enquête menée en Centrafrique, cite un ancien diplomate américain, James Wassertrom, démissionné de son poste onusien en 2009 après avoir dévoilé des soupçons de corruption pesant sur des responsables engagés au Kosovo. L’ex-diplomate affirme que les Nations Unies ont pris la mauvaise habitude de poursuivre les dénonciateurs plutôt que de traquer les mauvaises conduites. Et que le manque de protection des donneurs d’alerte entretient les dérapages de toutes sortes, comme «les abus sexuels, les abus de pouvoir, la fraude et la corruption». Sa propre affaire avait finit en justice, il avait obtenu gain de cause, avant qu’il ne perde en appel.
Recommandations à gogo
Vendredi, le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme a réagi, jugeant «offensant» que l’on puisse le soupçonner de vouloir couvrir des abus sexuels sur des enfants. Son porte-parole, Rupert Colville, a rappelé que le haut-commissaire aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, avait écrit en 2005 un rapport sur la question des violences sexuelles commises par les troupes de maintien de la paix.
Ce qui est certain, c’est que les Nations Unies produisent des expertises et des recommandations sur cette problématique. En novembre 2013, un rapport de l’ONU sur des exactions commises au sein de quatre missions de la paix (RDC, Haïti, Liberia et Sud-Soudan) arrivait à la conclusion qu’il fallait agir d’urgence. Ce document soulignait que le nombre de cas d’exploitation sexuelle est sous-évalué, que l’assistance aux victimes fait défaut et que ce type de crime reste largement impuni. En mars dernier, un autre rapport soulignait que 80 cas de viols, abus sexuels ou exploitation sexuelle avaient été identifiés en 2014 commis par du personnel au service de l’ONU, soldats et autres. Ce document réitère là encore des recommandations, comme l’introduction de courts martiales dans les pays où les plaintes sont déposées et la constitution d’un fonds, y compris pour «les enfants nés dans le cadre d’un abus ou d’une exploitation sexuelle».
(24 heures)




