Le gala de la société littéraire américaine PEN, une association d’écrivains, s’est tenu deux jours après l’attaque, apparemment menée par deux islamistes, contre un concours de caricatures du prophète Mahomet au Texas. Les mesures de sécurité autour de la cérémonie ont donc été «renforcées», ont indiqué les organisateurs.
Les caricatures du prophète de l’islam étaient également au centre de l’attaque menée par les frères Saïd et Chérif Kouachi qui a fait douze morts le 7 janvier dans les bureaux de «Charlie Hebdo». L’attentat a été revendiqué par la branche d’Al-Qaïda au Yémen, qui estime que les caricatures de l’hebdomadaire sont une insulte au prophète.
«L’équipe actuelle de Charlie Hebdo a persisté. La récompense de ce soir est le reflet de son refus d’accepter la limitation de la parole légitime par la violence», a déclaré le président de PEN, Andrew Solomon, lors de la cérémonie.
Celle-ci a réuni 800 personnes au Musée d’histoire naturelle, en bordure de Central Park. Parmi les convives figuraient notamment les écrivains Salman Rushdie, auteur des Versets sataniques, Alain Mabanckou, prix Renaudot 2006 et l’actrice Glenn Close.
Le prix, qui a vocation à défendre les écrivains à travers le monde, a été remis à Gérard Biard, rédacteur en chef, et Jean-Baptiste Thoret, critique de cinéma du journal.
«Nous devons penser et rire»
L’arme la plus puissante des extrémistes religieux est la peur et «nous devons la désarmer», a déclaré dans sa réponse, le rédacteur en chef de Charlie Hebdo, Gérard Biard. «Ils ne veulent pas que nous écrivions et que nous dessinions. Nous devons écrire et dessiner», a-t-il souligné.
«Ils ne veulent pas que nous pensions et que nous riions. Nous devons penser et rire. Ils ne veulent pas que nous débattions. Nous devons débattre. En étant ici ce soir, nous contribuons à les désarmer», a déclaré M. Biard.
Il s’est dit aussi «très fier», de la récompense du PEN, à un «petit journal satirique, qui jusqu’au 7 janvier était inconnu dans la plus grande partie du monde», et luttait pour sa survie.
«Symbole international»
«En une demi-heure de violence sanglante, nous sommes devenus un symbole international. L’incarnation de la liberté d’expression et de conscience.»
Et d’ajouter: «Nous sommes devenus des héros (…) Mais nous ne pouvons pas être les seuls à symboliser des valeurs qui appartiennent à tous» a-t-il dit, estimant que «tous les citoyens du monde devaient les défendre pour lutter contre l’obscurantisme politique et religieux (…) Plus nous sommes nombreux, plus ils sont faibles», a-t-il ajouté sous les applaudissements.
Une polémique
La décision du centre PEN d’accorder son prix de la liberté d’expression au journal satirique français a fait polémique aux Etats-Unis. Six écrivains de renom ont renoncé à participer à l’événement, tandis qu’une centaine d’autres ont signé une lettre ouverte dénonçant «l’intolérance culturelle» du journal français.
(ats)




