Réélu, le premier ministre se trouve confronté à la question du référendum sur l’Union européenne. Il devra se montrer habile pour convaincre les Britanniques de ne pas la quitterDavid Cameron rayonne. Depuis des mois, il avait demandé aux Britanniques de «lui permettre de gagner vingt sièges», le nombre nécessaire à l’obtention de la majorité à la Chambre des communes. Il a été entendu. Il pourra donc «terminer le travail» entamé en mai 2010, comme il le réclamait ardemment. Comment a-t-il réussi un tel retournement de situation? Assurément, les instituts de sondage, qui prédisaient un coude-à-coude avec les travaillistes, n’ont pas bien estimé le fort soutien accordé aux conservateurs par les indécis. Comme l’a expliqué le sondeur conservateur Michael Ashford, 33% des électeurs se sont décidés au cours de la semaine précédant le vote, dont 11% le jour même! Un résultat qui aurait largement fait pencher la balance en faveur du parti en place, synonyme de stabilité.
Un vote pour la stabilité
«Je ne sais pas pourquoi David Cameron a reçu autant de votes», avoue Tony Travers, professeur de politique à la London School of Economics. Même ses prédécesseurs au poste de premier ministre Margaret Thatcher et Tony Blair n’avaient pas réalisé une telle performance: obtenir plus de sièges, plus de votes et un meilleur pourcentage des votes lors d’une seconde élection. Il est ainsi passé de 10,8 millions à 11,3 millions de votes et de 36,4 à 36,9% des voix. «Néanmoins, il faut se rappeler l’exemple de l’élection de 1992, poursuit le politologue. Les Britanniques ne voulaient plus des conservateurs, au pouvoir depuis treize ans, mais ils n’étaient pas non plus convaincus par l’opposition. Le premier ministre conservateur John Major avait donc été réélu sur le fil, à la surprise générale. La même chose est visiblement arrivée aujourd’hui.» Pour Nigel Farage, le chef du Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni, démissionnaire suite à sa défaite dans la circonscription de Thanet-Sud, l’excellent score des conservateurs s’explique avant tout par la peur d’une victoire travailliste. Elle aurait poussé nombre de partisans de l’UKIP à voter en faveur du parti de David Cameron. Sentiment similaire chez les libéraux-démocrates. Gavin Grant, l’un des responsables du parti, indique avoir noté lors de ses séances de porte à porte de ces derniers jours un changement d’humeur majeur. «Les gens disaient qu’ils voulaient de la clarté, un gouvernement qui n’aurait pas les mains liées par les nationalistes écossais. Il y avait un désir de certitude.»
La peau de banane européenne
La victoire savourée, David Cameron va rapidement être confronté à la question de l’Europe. «Un gouvernement conservateur avec une faible majorité sera très instable car il sera en permanence sous la menace des eurosceptiques, rappelle Vernon Bogdanor, professeur de sciences politiques dans diverses universités londoniennes. N’oublions pas que David Cameron se situe sur l’aile de son parti favorable à l’Union européenne et qu’il bénéficiait du soutien des libéraux-démocrates sur toutes ces questions. Ce ne sera plus le cas.» C’est la raison pour laquelle David Cameron, qui a promis la tenue d’un référendum au plus tard à la fin de 2017, «pourrait avancer celui-ci à 2016 afin de se débarrasser du poids de la question européenne», estime Tony Travers. Si le premier ministre désire encourager les Britanniques à voter en faveur d’un maintien au sein de l’Union européenne, il devra «obtenir de ses collègues européens qu’ils déclarent que David Cameron a gagné une grande victoire dans leurs négociations en vue d’une réforme de l’institution, poursuit le politologue. C’est dans leur intérêt à tous. Il faudra forcément que ce soit lié à la question de la liberté de mouvement, qui affecte directement l’attribution des aides sociales.» Avec en ligne de mire des élections majeures en France et en Allemagne en 2017, l’affaire ne s’annonce pas gagnée d’avance.
Les nationalistes écossais affichent leurs ambitions
Ils n’y croyaient pas. A l’annonce des premières estimations à la fermeture des urnes, les dirigeants du Parti national écossais (SNP) ont tenu à calmer les ardeurs de leurs partisans. «Attention, on nous promet 58 des 59 circonscriptions en jeu, mais il faut prendre ces estimations avec des pincettes», a rapidement prévenu Stewart Hosie, le vice-président du parti, qui est déjà élu à Westminster pour la circonscription de Dundee-Est depuis 2005. Si finalement la moisson s’avère moins totale, la victoire n’en est pas moins exceptionnelle. Les chiffres parlent d’eux-mêmes: 56 sièges gagnés contre 6 en 2010 et 1,45 million de votes contre 491 000 en 2010. Nicola Sturgeon, la cheffe du parti et première ministre de l’Ecosse, pouvait être tout sourire. «Nous avons enregistré un retournement de majorité jamais vu dans l’histoire de la politique britannique», s’est-elle félicitée vendredi après la déroute des travaillistes en Ecosse, qui y perdent 40 de leurs 41 sièges. «Il y a clairement un appétit en faveur du changement en Ecosse. C’est un vote contre l’austérité. Nous avons placé la lutte contre l’austérité au sommet de notre campagne et ce sera au sommet de notre programme à Westminster. Désormais troisième parti à la Chambre des communes, nous tâcherons d’obtenir les politiques qui sont dans le meilleur intérêt de l’Ecosse.»
La responsable écossaise a d’emblée voulu se dégager de la responsabilité d’avoir favorisé l’élection d’un gouvernement conservateur à Londres. «Cela n’a rien à voir avec nous: le Parti travailliste n’était pas assez fort pour battre les conservateurs en Angleterre. Je suis déçue.» Difficile pourtant de la croire. Cette situation s’avère au contraire inespérée pour Nicola Sturgeon et le SNP: n’étant pas liés au gouvernement travailliste, ils pourront continuer à blâmer Londres pour tous les problèmes de financements futurs et les coupes budgétaires qu’ils devront sans doute mettre en place. Comme au cours des cinq dernières années.
Avec au bout un nouveau référendum? Sa responsable nie cette éventualité. «Cette élection n’a rien à voir avec un prochain référendum et je ne vais pas spéculer sur ce qu’il peut arriver ou pas dans le futur.» En revanche, elle s’intéresse de prèsà une autre consultation populaire, celle promise par David Cameron sur le maintien du Royaume-Uniau sein de l’Union européenne. «Nous allons nous battre contre sa tenue. S’il a lieu, nous tacherons d’obtenir la règle de la double majorité: que l’Ecosse ne sorte pas de l’Union européenne contre sa volonté.» Si un tel scénario devait arriver, nul doute qu’Edimbourg organiserait alors une nouvelle consultation sur l’indépendance. Qui engendrerait l’explosion du Royaume-Uni.
T.D.B. (TDG)




