Les nouveaux maîtres de Ramadi ont miné certains secteurs et en ont fortifié d’autres, rapportent des témoins. Ils ont en outre commencé à fouiller les maisons à la recherche de membres des forces de l’ordre ou de l’armée qu’ils disent vouloir déférer devant des tribunaux islamiques et ont remis une centaine de détenus en liberté.
Le drapeau noir de l’Etat islamique, qui flottait dès vendredi sur le gouvernorat, a été hissé sur les toits de la mosquée centrale et de tous les bâtiments administratifs. Les miliciens ont en outre entrepris de veiller au respect de la charia.
Entre deux feux
Les hommes de l’EI ont par ailleurs promis des vivres, des médicaments et des soins. «Je pense qu’ils essayent de gagner la sympathie de la population de Ramadi, et de leur apporter un peu de paix et de liberté, mais nous sommes sûrs que ça ne durera pas, que le pire reste à venir et que nous allons être pris entre deux feux quand les Hachid lanceront leur offensive pour reprendre la ville», s’inquiète Saïd Hamad al Doulaïmi.
Critiqué après la chute de Ramadi dimanche, le Premier ministre irakien Haider Al-Abadi s’est résolu à faire appel aux paramilitaires chiites d’Hachid Chaabi, nom qui signifie «mobilisation populaire». Mais le recours à cette coalition risque d’attiser des tensions communautaires toujours vives, en particulier dans cette ville à dominante sunnite très marquée par les violences interreligieuses.
Eviter un autre Tikrit
Ces combattants «ont commencé à arriver dans les zones à l’est de Ramadi», a annoncé le général Ali al-Majidi, s’exprimant sur une base à l’ouest de Bagdad. Il a précisé que la priorité allait être donnée à faire échec aux attaques que mène l’EI à l’est de la ville avant qu’une contre-offensive globale ne soit lancée.
En agissant rapidement, les forces gouvernementales veulent éviter que les djihadistes ne disposent des engins explosifs et des mines sur les axes et dans les bâtiments de Ramadi, comme ils l’avaient fait à Tikrit. Des mesures qui avaient ralenti la reconquête de cette ville au nord de Bagdad par le pouvoir en mars.
Le porte-parole de la Maison-Blanche, Josh Earnest, a souligné que la coalition apporterait son soutien aux forces terrestres irakiennes qui veulent reprendre Ramadi. La coalition conduite par les Etats-Unis a par ailleurs annoncé mardi avoir mené 21 frappes aériennes, soit 14 en Irak et sept en Syrie, contre les islamistes depuis lundi matin.
Sérieux revers
La perte de Ramadi, située à une centaine de kilomètres seulement de Bagdad, représente le plus sérieux revers pour le régime depuis l’offensive ayant permis à l’EI de contrôler de vastes territoires en juin 2014. Sa conquête permet a contrario à l’EI de renforcer son emprise sur l’immense province d’Al-Anbar, frontalière de la Syrie et de l’Arabie saoudite.
Selon l’Organisation internationale des migrations, au moins 40’000 personnes ont été déplacées par les combats à Ramadi. C’est la deuxième fois en un mois qu’un grand nombre d’habitants se voit obligé de fuir.
170 membres de l’EI tués
En Syrie, des frappes de la coalition internationale menée Washington ont tué 170 membres de l’EI en 48 heures dans la province de Hassaké (nord-est), selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). Ces raids sont effectués en soutien aux forces kurdes, qui ont pu reprendre une vingtaine de villages dans cette région proche de l’Irak, d’après l’OSDH.
Dans le centre de la Syrie, des combats opposaient toujours l’EI et les forces gouvernementales à l’extérieur de Palmyre, notamment à l’entrée ouest, sur la route menant à Homs, selon le gouverneur de la province Talal Barazi.
Enfin, dans le sud du pays, cinq miliciens pro-gouvernementaux et une femme ont été tués par l’EI lors d’une attaque des djihadistes sur le village druze d’Al-Haqef, dans la province de Soueida, d’après le directeur de l’OSDH, qui a précisé que les assaillants n’avaient pas pu prendre le village.
(ats)




