Dublin, en liesse, savoure l’adoption du mariage gay

 

 

Des milliers d’Irlandais ont laissé éclater ce samedi 23 mai à l’annonce du résultat sur le mariage gay.

Sautant de joie, quelque 2000 personnes se sont massées dans le parc du château, tandis que des centaines d’autres, brandissant des banderoles, des ballons et des parapluies arc-en-ciel, se sont pressées dans les alentours de l’édifice ou dans les bars homosexuels de Dublin pour faire la fête.

Vingt-deux ans après la dépénalisation de l’homosexualité en Irlande, le oui l’a emporté avec 62% des voix, selon les résultats officiels publiés samedi.

Peter Lynch, 60 ans, enseignant à la retraite de Dublin, qui lui aussi célèbre l’événement, n’en revient pas: «C’est très difficile de croire que cela se passe en Irlande et que nous sommes le premier pays à voter (sur le mariage homosexuel dans le cadre d’un référendum), montrant la voie au reste du monde», dit-il à l’AFP.

«Un jour extraordinaire»

«J’ai 60 ans. Les 40 premières années de ma vie, j’étais un criminel», raconte-t-il, faisant allusion à la loi de 1993 sur la dépénalisation de l’homosexualité. «Les 20 années suivantes, j’étais un citoyen de seconde classe». «Ce fut un jour extraordinaire», exulte-t-il.

Radieuses, Niamh Herrity et Aoife Doyle, qui ont déjà fixé la date de leur mariage, ont pris la pose devant un magasin d’articles de mariage de Dublin. Comme pour des millions d’Irlandais, c’est un moment historique pour les deux femmes. «Ces dernières semaines ont été incroyablement émouvantes», explique Aoife, 34 ans.

«D’abord, nous avons acheté nos robes de mariage. Et là, on nous autorise à nous marier», ajoute-t-elle, précisant que l’événement est programmé pour le 17 décembre. «Cela fait deux ans que nous sommes fiancées. Aujourd’hui, nous sommes fières d’être irlandaises», dit Niamh, 32 ans.

«Comme la fête nationale française»

Tout au long de la journée, des centaines de partisans du mariage homosexuel avaient rejoint l’enceinte du château de Dublin, qui, fait exceptionnel, a été ouverte au public pour l’occasion.

«Nous voulions venir ici, parce que c’est un jour historique. C’est comme la fête nationale française, la fête nationale du coeur», dit Sean O’Tarpaigh.

Niamh Fitzgerald, une jeune femme de 29 ans, est venue par avion de Birmingham, en Angleterre, pour donner sa voix au mariage homosexuel. Mais aussi pour contrer l’influence de l’Eglise catholique, très présente dans la société irlandaise et hostile à la réforme.

«C’est probablement la première fois que le pouvoir de l’Eglise catholique montre des signes de faiblesse dans une votation. Cela montre un vrai changement», souligne-t-elle.

En affirmant jour après jour que le mariage devait se limiter à l’union d’un homme et d’une femme, l’Eglise «s’est mis à dos un grand nombre de personnes qui ne sont pas dans un schéma familial classique», juge-t-elle.

«Se débarrasser du carcan de l’Eglise»

«La liberté de religion doit exister, mais aucune religion n’a le droit de dicter à un pays quels doivent être les droits des individus», ajoute-t-elle. Elle voit dans ce référendum «le début de quelque chose de bien plus grand» pour l’Irlande.

Alex Denby, 24 ans, pense également que la consultation constitue «une étape supplémentaire pour se débarrasser du carcan imposé par l’Eglise catholique».

«Pendant des années, elle a couvert de manière institutionnelle les agressions sexuelles. Les gens en ont assez», s’emporte-t-il en référence aux multiples affaires impliquant des prêtres pédophiles, parfois protégés par des responsables du clergé.

Assis au milieu de ses amis, David Kelly, 27 ans, explique avoir voté en famille. «J’ai fondu en larmes devant l’urne. Et devant le bureau de vote», confie-t-il. «J’espère que ce référendum va marquer la fin de la discrimination étatique dont sont victimes les homosexuels».

 

(ats/Newsnet)