La liste de la militante anti-expulsions de Barcelone Ada Colau est en tête devant celle du maire sortant Xavier Trias, un nationaliste conservateur. A Madrid, la liste de Manuela Carmena est deuxième après celle du Parti populaire (droite) mais pourrait gouverner avec l’appui du Parti socialiste, selon des résultats publiés après dépouillement de plus de 90% des bulletins.
Aucun parti ne s’approchait toutefois de la majorité absolue dans la capitale et la deuxième ville d’Espagne, ce qui laisse prévoir des tractations délicates entre conseillers municipaux, chargés d’élire le maire.
Socialistes dépassés
Si le PP a recueilli davantage de voix qu’aucun autre parti, il semble en passe de réaliser son pire score depuis 20 ans et surtout de perdre la majorité dans la plupart des régions et peut-être la mairie de Madrid qu’il contrôle depuis 1991.
Les nouvelles forces politiques Ciudadanos («Citoyens», centre) et Podemos («Nous pouvons», gauche radicale) réalisent la percée électorale attendue, mettant ainsi fin au bipartisme qui a organisé la vie politique depuis le rétablissement de la démocratie il y a 40 ans.
Les socialistes seraient relégués à la troisième place.
Incertitude à Madrid
D’après les sondages à la sortie des urnes, le PP devrait notamment perdre sa majorité absolue dans les régions de Madrid et Valence. Il pourrait même y être poussé dans l’opposition par la constitution de coalitions de gauche, une situation qu’il n’a plus connue depuis les années 1990.
Un sondage voit aussi les conservateurs perdre la mairie de Madrid face à l’alliance de gauche menée par l’ex-juge Manuela Carmena et soutenue par Podemos. Mais un second sondage place les deux camps à égalité.
«Podemos» à Barcelone
A Barcelone, une liste électorale emmenée par la militante anti-expulsions Ada Colau et comprenant également Podemos, «Barcelone en commun», arrive en tête avec 10 à 12 élus. Elle aussi est talonnée par l’équipe du maire sortant, le nationaliste conservateur (CiU) Xavier Trias (9 à 11 élus).
En revanche, pour les régionales, le PP se maintiendrait au pouvoir dans la région de Madrid, son bastion avec celle de Valence.
Les Espagnols ont voté jusqu’à 20 heures dimanche pour élire quelque 8122 maires mais aussi pour renouveler les Parlements de 13 des 17 régions.
Ces élections étaient très attendues après des années de crise et d’austérité ayant ébranlé les fondements de cette jeune monarchie parlementaire née après la mort du dictateur Francisco Franco, fragilisés aussi par une corruption endémique, touchant l’ensemble de l’establishment.
En Andalousie aussi
En mars, lors d’élections anticipées en Andalousie, les électeurs avaient déjà montré leur attirance pour deux nouvelles formations, Podemos, antilibérale et d’extrême gauche, et Ciudadanos, de centre-droit, se définissant comme un parti progressiste et très libéral sur le plan économique.
Les socialistes (PSOE) l’avaient emporté suivi du PP mais ces deux partis, qui dominaient depuis 1982 la vie politique espagnole ont du céder du terrain à Podemos (3ème) et Ciudadanos.
Les deux grands partis de gouvernement espagnols espéraient éviter une correction sévère, alors que le mot d’ordre pour beaucoup dimanche était «botar» (chasser) plutôt que «votar» (voter).
Après presque six ans de crise, l’Espagne 2.0 pourrait commencer à les délaisser «pour la nouvelle politique» incarnée par Podemos, allié du parti grec Syriza ou Ciudadanos, de centre-droit, formations fondées par des trentenaires: le professeur de Sciences Politiques Pablo Iglesias (956’000 abonnés sur Twitter, soit 150’000 de plus que Rajoy) et l’avocat Albert Rivera.
«Changer les choses»
La transformation radicale du paysage politique espagnol renforce l’incertitude en vue des législatives attendues cet automne. Car si la croissance économique est repartie en Espagne, le chômage frappe encore 24% de la population active et les scandales de corruption à répétition qui visent tant le PP que le Parti socialiste (PSOE) favorisent l’émergence des nouvelles formations.
«C’est la première fois depuis des décennies que les électeurs auront véritablement la possibilité de changer les choses. Pas seulement changer de gouvernement, mais changer notre démocratie», avait souligné avant le vote de dimanche Carolina Punset, qui a dirigé la campagne de Ciudadanos dans la région de Valence.
Initialement basée en Catalogne, cette formation centriste a émergé sur le plan national. En multipliant par dix le nombre de ses adhérents, à 22’000, et comptant une centaine de milliers de sympathisants, le parti d’Albert Rivera ne ressemble plus guère à la petite formation qu’il était à sa création, il y a neuf ans.
Emigration des diplômés
Des milliers de jeunes ont émigré pour fuir le chômage touchant la moitié d’entre eux et encore 23,7% de la population active. Le tout dans un climat délétère alimenté par d’innombrables affaires de corruption en pleine cure d’austérité.
D’où les difficultés du PP à convaincre du risque posé par les «expérimentations» de Ciudadanos ou Podemos, qualifié par le PP de formation «bolchévique».
La confrontation de Madrid a opposé essentiellement «l’animal politique» du PP, Esperanza Aguirre, 63 ans, comtesse et ex-présidente du Sénat, de l’aile dure, capable de danser en robe traditionnelle et de promettre que la mairie «ne fera pas de zèle pour prélever les amendes», à Manuela Carmena, militante communiste opposée à Franco dans ses jeunes années, l’air posé mais ferme.
A Barcelone, Ada Colau, 41 ans, égérie des «indignés», fondatrice d’une plateforme luttant contre les expulsions de logements, pourrait, elle, ravir la place à Xavier Trias, 68 ans, un nationaliste conservateur.
(ats/Newsnet)




