En Inde, le maigre bilan de Narendra Modi

 

La scène est banale en Inde. Près de l’ancien péage qui sépare l’État de l’Haryana de la capitale indienne, des dizaines de poids lourds encombrent la chaussée chaque nuit. Les chauffeurs doivent livrer à Delhi. Mais pour avancer, ils doivent payer les taxes en vigueur dans l’État, une paperasserie qui dure des heures.

En arrivant au pouvoir le 26 mai 2014, le premier ministre Narendra Modi avait promis de simplifier les choses en instaurant une TVA unique. Elle remplacerait la vingtaine d’impôts indirects prélevés par chaque État. Le parti élu, le BJP, instaurerait un marché unique. Une révolution pour l’Inde, fédération de vingt-neuf États. La mesure devait doper la croissance de un à deux points par an.

Douze mois plus tard, l’amendement qui doit inscrire le principe de la TVA unique dans la Constitution, n’a pas été voté. Le gouvernement promet que la mesure sera appliquée le 1er avril 2016. Mais le texte doit encore passer à la chambre haute du parlement, puis être approuvé par la moitié des Assemblées des États. Ensuite, il faudra le compléter par une loi qui encadrera son application. «Après l’élection de Narendra Modi, les patrons s’attendaient à des réformes immédiates. Mais le premier ministre ne peut pas révolutionner l’Inde du jour au lendemain», observe Nicolas Ribollet, président régional de la chambre de commerce franco-indienne.

Certes, le gouvernement a relancé la croissance. Elle devrait atteindre 7,5% cette année selon le FMI, plus que la Chine. Sur le front de l’inflation, l’indice des prix à la consommation a reculé de 7 à 4,9%. «L’alimentation n’a pas connu de spirale inflationniste ces dernières semaines malgré les intempéries qui ont décimé les récoltes dans le nord», constate Kunal Kundu, analyste à la Société Générale.

Mais la reprise est fragile. D’abord parce que l’activité industrielle est léthargique. «La production industrielle n’a progressé que de 2,8% sur l’exercice 2014-2015», pointe Kunal Kundu. Les deux baisses de taux décidées par la Banque centrale cette année n’ont pas relancé le crédit aux petites entreprises.

Ensuite, l’agriculture, qui emploie 53% de la population active, est en crise. Le secteur est étranglé par la hausse des prix des engrais et des semences d’une part, et la baisse des prix agricoles d’autre part. Le pouvoir central ne fait pas grand-chose pour endiguer le problème. «Dans le budget 2015-2016, les fonds alloués à l’agriculture ont été amputés de 50 milliards de roupies (ndlr: 770 millions de francs)», s’inquiète le journaliste et spécialiste du monde rural, P. Sainath, dans l’hebdomadaire Outlook. Premiers touchés par cette coupe: les ouvriers agricoles, à qui l’État assurait jusqu’alors cent jours de travail par an en finançant des constructions de routes entre autres. Et le gouvernement a peu augmenté les prix garantis. Beaucoup d’analystes anticipent une chute des revenus agricoles qui bridera la consommation.

(24 heures.ch)