Les applaudissements fusent. «C’est une nuit magique!» lance Pablo Iglesias à la foule rassemblée dimanche soir dans le centre de Madrid pour fêter les victoires de Podemos et de ses listes citoyennes aux élections municipales et régionales partielles. Le petit parti issu du mouvement des Indignés a réussi son pari. Il a réussi à casser l’alternance habituelle et fait irruption dans le jeu de quilles entre le Parti populaire (PP) à droite et le Parti socialiste (PSOE).
A Barcelone, la mairie est à portée de main pour Ada Colau, activiste sociale qui a mené la lutte entre les expulsions de logements depuis le début de la crise. A Madrid, Manuela Carmena, ex-juge de 71 ans, vétérane des mobilisations antifranquistes, est aussi bien placée. Si elles arrivent à former une majorité, Podemos aura gagné les municipalités des deux plus grandes villes du pays.
Devenu incontournable
Au lendemain du scrutin, l’heure est encore aux pronostics. Aucune majorité n’est encore constituée et les tractations entre les partis pourraient durer des jours, voire des semaines. Mais le triomphe de Podemos est sans appel. Le petit parti qui avait fait ses premiers pas aux élections européennes, il y a un an tout juste, s’annonce partenaire indispensable dans bon nombre de mairies et de régions. «A chaque fois que s’ouvrent les urnes, les appuis à notre projet augmentent», affirme Pablo Iglesias, qui a déjà l’œil fixé sur les élections législatives qui devraient avoir lieu d’ici à la fin de l’année.
Il est difficile, pourtant, de compter précisément les votes recueillis par Podemos dimanche. Le parti avait en effet choisi d’aller aux urnes en coalitions locales pour les municipales, et de ne se présenter directement qu’aux régionales. Mais quelles que soient les étiquettes, les candidats qu’il a adoubés ont fait de jolis scores, et sont parfois devenus la première formation de gauche, devant le PSOE, comme c’est arrivé à Madrid ou à Barcelone, mais aussi en Galice, où les listes unitaires font trembler les fiefs du PP, à Saint-Jacques-de-Compostelle, Ferrol, ou La Corogne.
Le PP apparaît comme le grand perdant de la nuit électorale. Jusqu’au bout, pourtant, Mariano Rajoy avait espéré un «effet Cameron». Mais, alors que le leader conservateur britannique avait gagné les élections par surprise le 8 mai dernier, le parti de Rajoy a bel et bien essuyé une défaite, comme le pronostiquaient les sondages. La formation de Mariano Rajoy, actuellement au gouvernement, reste le parti qui engrange le plus de voix, mais elle accuse la perte de près de 2,5 millions de votes, et reste loin des résultats obtenus dans les régions ainsi que dans les villes lors des élections de 2011.
Le PP bien esseulé
L’irruption de Podemos dans le paysage électoral marque une fragmentation des votes vers de nouvelles formations et l’affaiblissement des forces habituelles du bipartisme. «Le PP qui était habitué à gouverner avec des majorités absolues va le payer cher, décrypte Pablo Simon, politologue du groupe d’analystes Politikon. Il n’obtient plus que des majorités relatives et n’a pas d’alliés traditionnels pour compenser.» Le nouveau parti de centre droit Ciudadanos pourrait être appelé à jouer ce rôle et aider le PP à maintenir la région de Madrid, notamment. Mais ses résultats en deçà de ce qu’annonçaient les instituts de sondages risquent de limiter son influence.
De leur côté, les socialistes pâtissent eux aussi de la fin du bipartisme. Ils ont perdu près de 700 000 votes depuis 2011 et cette chute est d’autant plus douloureuse que dans nombre de villes, ils cèdent au passage à Podemos le rôle de leader de la gauche. Pourtant le PSOE, presque rassuré de ne pas avoir perdu plus d’électeurs, semble disposé au jeu d’alliances. Il serait prêt à soutenir, à Madrid et à Barcelone, les candidates promues par Podemos, espérant en retour un appui pour reconquérir les régions d’Aragon, Castille-La Manche ou d’Estrémadure. Il reste à savoir si les nouveaux partis vont accepter ces façons de faire de la «vieille politique».
(24 heures.ch)




