Pour la défense, c’est un enfant égaré, victime de la propagande terroriste qui recrute sur Internet. Pour l’accusation, c’est un adolescent comprenant parfaitement la portée de ses actes qui s’est embrigadé dans le djihad. Le procès de Mertkan pour «participation à une entreprise terroriste», alors qu’il avait 14 ans au moment des faits, se tient mardi à Sankt Pölten, et ne laisse pas indifférent l’Autriche. Ce jeune aujourd’hui âgé de 15 ans ne sera pas jugé comme un enfant, l’expertise psychologique ayant établi qu’il aurait dû être capable de plus de distance critique envers la propagande islamiste sur Internet.
Mertkan G. est arrivé de Turquie à Sankt Pölten il y a huit ans avec sa famille, musulmane mais pas particulièrement croyante. C’est l’école qui a donné l’alerte de la radicalisation subite du collégien en 2014. En octobre dernier, la police vient l’arrêter. On trouve sur sa console PlayStation des images de décapitations, Mertkan reconnaît avoir été en relation avec l’organisation terroriste «Etat islamique» et s’être renseigné sur la fabrication d’explosifs avec l’idée d’en installer en gare centrale de Vienne. Il est en outre accusé d’avoir voulu recruter un camarade de deux ans son cadet pour le «djihad».
Passade d’adolescent ou menace sérieuse? Après sept mois d’accompagnement judiciaire et psychologique, le jeune accusé pense toujours que l’Occident, qui bombarde ses coreligionnaires au Moyen-Orient et où les immigrés sont mal intégrés, est l’ennemi des musulmans. «Notre travail n’est pas de lui interdire ce point de vue», souligne Andreas Zembaty, porte-parole de l’association Neustart qui a pris en charge son contrôle probatoire depuis l’arrestation. «L’important, c’est qu’il a maintenant renoncé à la voie des armes.»
Pas si évident, en réalité, pour les travailleurs sociaux d’argumenter contre la propagande islamiste. Des sites à la mise en page professionnelle proposent aux internautes 5000 euros par combat et le paradis à ceux qui meurent en Syrie. Une offre simpliste mais alléchante pour un public en marge de la société, à qui l’on promet une position sociale forte dans les zones de conflit armé: «On te donnera une kalachnikov».
«Les adolescents sont particulièrement sensibles à ce genre de rhétorique», relève encore Andreas Zembaty, dont l’association en suit un grand nombre. «Les recruteurs proposent des solutions à leurs besoins de base: se sentir protégé, valorisé et faire des expériences. On retrouve les mêmes ressorts chez les néonazis et les hooligans, par exemple.» Bref, pour Mertkan G. le djihad est une alternative séduisante à l’échec scolaire, aux difficultés sociales d’une mère qui parle mal allemand, à l’absence du père.
Une fugue
La cour devra donc décider si le jeune homme représente aujourd’hui un danger terroriste. Dans cette question, un élément devrait jouer en sa défaveur. En janvier, alors qu’il était sous contrôle judiciaire depuis son arrestation, le terroriste présumé a pris la fuite. Les autorités, craignant qu’il ne tente de quitter le pays, ont alerté les polices européennes. Mais le jeune est cueilli quatre jours plus tard, à seulement 60 kilomètres de chez lui. «Une simple fugue», minimise Andreas Zembaty, «après une dispute avec son oncle, il est parti et a erré entre mosquée et aire de jeu. Il a d’ailleurs contacté sa mère lui-même à la fin.»
Son avocat parle de «jeux imaginaires d’un adolescent travaillé par la puberté». Si la cour le voit davantage comme un coupable arrêté à temps que comme une victime d’une propagande criminelle bien ciblée, Mertkan G. pourrait passer jusqu’à cinq ans en prison.
(24 heures.ch)




