Embûches sur la voie du réchauffement entre Téhéran et Washington

 

Un procès qui s’ouvre contre un ressortissant américain et une accusation de cyberattaque en provenance des Etats-Unis. Des chicanes apparaissent dans le réchauffement diplomatique qui s’opère entre Téhéran et Washington.

Mardi, le correspondant du Washington Post en Iran, l’Américano-Iranien Jason Rezaian, a comparu pour espionnage devant un tribunal spécial de Téhéran. Il est accusé de «collaboration avec des gouvernements hostiles», de «collecte d’informations confidentielles» et de «propagande contre la République islamique», sans que l’on en sache beaucoup plus, dans un procès qui se tient à huis clos.

Le journaliste de 39 ans comparaît aux côtés de son épouse, également journaliste, et d’une photographe. Lundi, l’éditeur du Washington Post, Martin Baron, soulignait qu’«aucune preuve n’a jamais été produite par le procureur ou la cour pour soutenir ces charges absurdes», alors que son journaliste est détenu depuis plus de 300 jours.

Alors que Téhéran et Washington négocient sur le dossier nucléaire et se sont donnés jusqu’au 30 juin pour trouver un accord, Barack Obama avait appelé en mars le gouvernement iranien à libérer le journaliste. En mai, le Sénat adoptait une résolution conditionnant le dossier iranien à la libération de trois Américains, dont Jason Rezaian.

De toute évidence, l’affaire Rezaian est instrumentalisée par une partie du pouvoir à Téhéran, soit la frange conservatrice qui fait tout pour torpiller le rapprochement avec les Etats-Unis. En février, un député ultraconservateur avait dénoncé «certains au sein de la présidence» qui auraient facilité l’accès de Jason Rezaian et de son épouse «aux endroits les plus sensibles de la présidence». En avril, le quotidien ultraconservateur Vatan-Emrooz estimait, lui, que les activités du journaliste faisaient partie d’un projet de «réconciliation entre l’Iran et l’Amérique».

Pour ne rien arranger, le centre iranien d’urgence contre les cyberattaques choisissait mardi de communiquer sur une cyberattaque lancée depuis les Etats-Unis contre le ministère du Pétrole et qui se serait déroulée entre les 21 et 24 mars. Mais mardi encore, le président Rohani, artisan du réchauffement avec Washington, donnait un tout autre signal: «Malgré une petite minorité qui parle haut et fort, la grande majorité de la population est favorable à la paix, à la réconciliation et l’entente constructive avec le monde», lançait-il lors d’un discours à Shahriyar, à l’ouest de Téhéran.

(TDG.ch)