Ils sont quatre nouveaux à faire leur entrée au Panthéon. Hier, à l’occasion de la journée nationale de la Résistance, la France a rendu hommage à ce quatuor de «grands hommes». En l’occurrence, deux figures masculines: Jean Zay et Pierre Brossolette. Mais aussi deux femmes: Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle Anthonioz. Ce dernier nom résonne en Haute-Savoie. La nièce du général est enterrée non loin de la frontière. L’héroïne de la Résistance, qui fut aussi présidente d’ATD Quart Monde, repose dans le petit cimetière de Bossey, au pied du Salève, avec vue sur Genève. Selon le vœu de sa famille, la dépouille ne quittera pas cette sépulture simple, couverte d’un rosier rampant, de galets blancs et d’une croix en fer forgé. C’est un cercueil vide qui entre au Panthéon.
Cérémonie à Cluses
Ce lien indéfectible a donné un écho particulier à la journée d’hier dans le département voisin. Notamment à Cluses. Dans le collège qui porte le nom de la résistante, les 800 élèves ont été réunis dans la cour pour une cérémonie. L’occasion de rappeler le parcours de cette femme d’exception. Le principal du collège, Guy Rozel ouvre le bal. «Elle était et reste un modèle. A l’image de ceux qui ont osé défier la mort pour défendre les valeurs de la République.» Geneviève de Gaulle n’a que 19 ans lorsqu’elle entre en résistance. «Elle est arrêtée à la suite d’une trahison en 1943», rappelle Esteban Chaudin-Chevrot, 11 ans. Puis, elle vit l’horreur des camps, à Ravensbrück, où elle rencontre Germaine Tillion. Pour illustrer le propos, un enregistrement de Geneviève de Gaulle Anthonioz résonne dans la cour. Dans un silence respectueux, sa voix s’élève: «On n’avait pas le droit de prier, de chanter. On n’avait pas le droit d’être humain.»
À ce témoignage venu d’outre-tombe s’ajoute le récit de Pierre Lespine. Emu, l’ancien résistant raconte la mort de son frère et ses faits d’armes: «Je suis venu bazooker l’école Charles Poncet», un bâtiment de Cluses alors occupé par la Gestapo.
«L’atonie des regards»
Ce qui marque chez Geneviève de Gaulle Anthonioz, c’est aussi son engagement contre la misère. Arrivant dans le bidonville de Noisy-le-Grand en 1957, elle explique: «Je reconnaissais l’atonie des regards, cette espèce de désespérance. Quand on a été touché par le mal absolu, la seule réponse est la solidarité.»
Que reste-t-il aujourd’hui de cet esprit de résistance? Telle est la question que se posent les adultes face aux collégiens, patientant sous le soleil. «Vous devez vous aussi être des vigies de la liberté, des vigies de la solidarité», leur lance le maire, Jean-Louis Mivel.
Pour certains, la leçon semble vite oubliée, à l’image de Burçin, 13 ans, qui estime avoir «bronzé pendant deux heures». Pour d’autres, l’histoire de Geneviève pourrait laisser des traces. «Est-ce que je serais prête à m’engager pour une cause? Peut-être! Il y a tant d’injustices dans le monde. Et la pauvreté est omniprésente», insiste Farielle, 14 ans, qui a participé à une fresque en hommage à la résistante, qui orne désormais les murs du secrétariat du collège.
(TDG.ch)




