La FIFA a été frappée mercredi 27 mai par un double séisme avec l’arrestation de sept responsables soupçonnés de corruption et par la perquisition de son siège à Zurich, dans une affaire distincte portant sur l’attribution des Coupes du monde 2018 et 2022.
Pourtant, l’élection présidentielle lors de laquelle Sepp Blatter briguera un cinquième mandat, reste prévue vendredi.
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Corruption, racket et blanchiment
Tout a commencé vers six heures du matin, lorsque des policiers suisses opérant à la demande des autorités américaines se sont présentés à l’hôtel de Zurich où sont logés les principaux dirigeants de la FIFA. Ils y ont interpellé sept élus de la FIFA, soupçonnés d’avoir frauduleusement accepté des dizaines de millions de dollars des années 1990 à nos jours.
Les suspects ont été placés en détention et font l’objet d’une demande d’extradition américaine. Seul un des interpellés a accepté la procédure d’extradition simplifiée, a indiqué l’Office fédéral de la justice.
Au total, neuf élus actuels ou passés de la FIFA et cinq partenaires de l’instance mondiale du football ont été inculpés de corruption, racket et blanchiment à New York, accusés d’avoir reçu ou distribué plus de 150 millions de dollars depuis 1991, pour les droits de diffusion de tournois internationaux. Parmi les dirigeants visés figurent Jeffrey Webb (Iles Caïman), Eugenio Figueredo (Uruguay), tous deux membres du comité exécutif, et Jack Warner (Trinité-et-Tobago), ex-membre du comité exécutif.
La Coupe du monde 2010 aussi touchée ?
Signe de l’ampleur du coup de filet, la ministre de la Justice des États-Unis, Loretta Lynch, a elle-même accusé en conférence de presse les personnes poursuivies d’avoir «corrompu les affaires du football mondial pour servir leurs intérêts et pour s’enrichir personnellement».
Et elle a lâché une nouvelle bombe, concernant cette fois la Coupe du monde en Afrique du Sud: «Même pour cet événement historique, des dirigeants de la FIFA et d’autres ont corrompu le processus en utilisant des pots-de-vin pour influencer la décision d’attribution», a-t-elle assuré.
Pour l’édition 2016 du centenaire de la Copa America, prévue aux Etats-Unis, Loretta Lynch a également fait état d’irrégularités: «Notre enquête a montré que ce qui aurait dû être l’expression de l’esprit sportif international a servi à remplir les poches des responsables, visant 110 millions de dollars», a-t-elle dit.
Perquisition à Miami
Selon Loretta Lynch, la corruption et les pots-de vin se sont également étendus à l’élection présidentielle de la FIFA en 2011, et à «des accords concernant le parrainage de l’équipe nationale de football du Brésil par une grande entreprise d’équipement sportif américaine».
Mercredi également, le siège de la Confédération d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et des Caraïbes (Concacaf), situé à Miami, a été perquisitionné par des policiers du FBI qui en sont ressortis les bras chargés de cartons.
Le MPC intervient aussi
Dans une procédure distincte, le Ministère public de la Confédération (MPC) a annoncé avoir saisi des documents électroniques au siège de la FIFA à Zurich, dans le cadre d’une procédure pénale contre X pour soupçon «de blanchiment d’argent et gestion déloyale» entourant les attributions des Coupes du monde 2018 et 2022 à la Russie et au Qatar. Cette procédure, ouverte depuis le 10 mars, n’avait pas été rendue publique jusqu’à mercredi.
Le MPC a aussi ordonné précédemment à des établissements financiers suisses de lui transmettre des documents bancaires. Cette procédure pénale fait suite à une plainte déposée par la FIFA elle-même le 18 novembre 2014. Les documents saisis serviront tant dans la procédure pénale suisse que dans les procédures pénales à l’étranger.
La FIFA est la victime
«Ce n’est pas un jour agréable, mais c’est aussi un bon jour, car les choses avancent et nous avons hâte d’avoir des réponses», a assuré Walter De Gregorio, directeur de la communication de la FIFA, qui a assuré que la Fédération coopérait «pleinement» avec les autorités suisses et américaines.
«La FIFA est la victime. Nous coopérons, nous donnons toutes les informations demandées. Il est de notre intérêt que toutes les questions posées trouvent des réponses», a-t-il dit. «C’est bien pour la FIFA. Pas en terme d’image, mais en ce qui concerne le ménage que nous avons entrepris ces dernières années», a-t-il insisté.
Election maintenue
La FIFA tremble donc, mais pas question pour l’instant de remettre en cause le scrutin présidentiel prévu vendredi. Walter De Gregorio l’a martelé: le président Blatter et son secrétaire général Jérôme Valcke «ne sont pas impliqués» dans cette affaire.
Le principal intéressé, Sepp Blatter, est sorti de son silence mercredi soir, via un communiqué. «C’est un moment difficile pour le football, les supporteurs et la FIFA», a-t-il réagi. «De tels comportements n’ont pas leur place dans le football et nous nous assurerons que ceux impliqués seront exclus du jeu», a-t-il ajouté.
Vendredi, le Valaisan briguera un cinquième mandat à la tête de la richissime et surpuissante FIFA, secouée depuis le début de son règne en 1998 par une série de scandales et d’accusations de corruption, notamment liés à l’attribution des Coupes du monde 2018 et 2022.
L’UEFA demande le report de l’élection
La Confédération africaine (CAF) lui a réitéré son soutien. Mais l’UEFA, elle, a demandé le report «dans les six mois» d’un congrès électif qui «risque de tourner à la farce». «Ces événements montrent que la corruption est profondément enracinée dans la culture de la FIFA», a-t-elle aussi accusé.
Un seul candidat se présentera vendredi face à Sepp Blatter: le prince jordanien Ali bin Hussein. Celui-ci a estimé dans un communiqué que la FIFA avait besoin d’«un leadership qui accepte sa responsabilité pour ses actes et ne rejette pas la faute sur autrui. La crise dure depuis longtemps, elle ne se limite pas à ce qui s’est passé aujourd’hui».
(si/Newsnet)




