La vague de haine contre les Rohingyas, minorité musulmane en Birmanie, est largement alimentée par les sermons d’U Wirathu, un moine bouddhiste islamophobe, bien loin de l’image du bouddhiste pacifiste et tolérant. Son fondamentalisme lui a d’ailleurs valu le surnom de «Ben Laden birman». C’est dire.
A la tête d’un mouvement nationaliste baptisé 969, ce bonze s’est très vite fait remarquer par ses diatribes incendiaires contre les musulmans de Birmanie, ces Rohingyas «déchus de leur nationalité birmane en 1982» et jugés indésirables dans un pays où les bouddhistes représentent plus de 80% de la population.
Originaire de Mandalay, il a reçu 24 heures dans une maison prêtée par ses fidèles à Rangoun: «Si nous reconnaissons cette communauté, alors nous allons devoir leur abandonner tout l’Etat d’Arakan», assure le moine de 46 ans, qui les accuse de préparer un djihad antibouddhiste. «Ensuite, ils essaieront d’envahir encore plus de territoire. Et la Birmanie finira comme le Kosovo. Ils veulent répandre l’islam dans le monde entier, par la violence s’il le faut.» Le bonze assène des propos durs et cinglants sans se départir de son ton égal et de son sourire. Dans sa bouche, les musulmans sont des «kalar», un terme insultant désignant les hommes à peau sombre.
La haine raciale et interreligieuse a embrasé la Birmanie à plusieurs reprises ces dernières années. Des émeutes ont fait 250 morts et plus de 140 000 déplacés depuis 2012. Les associations de défense des droits de l’homme accusent U Wirathu d’avoir alimenté les troubles. «Je ne crois pas que les émeutiers aient commis des crimes à cause de moi. Les bouddhistes cherchaient juste à se défendre et à protéger leur religion», rétorque le moine, qui est aujourd’hui écouté jusqu’au plus haut niveau de l’Etat birman. Des lois de «protection de la race et de la religion» sont actuellement discutées au Parlement, prévoyant de limiter les naissances et les conversions religieuses. Des mesures qui visent d’abord les Rohingyas.
Par le passé, les sermons virulents d’U Wirathu lui ont valu une lourde peine de prison. En 2003, il a été condamné à vingt-cinq ans de détention pour incitation à la haine. Il avait affirmé que «le gouvernement était complice des musulmans pour opprimer les Birmans». Amnistié en 2012, il ne critique plus le pouvoir et n’est plus inquiété. Les Rohingyas restent l’objet de ses harangues. Et des milliers d’entre eux ont été poussés à l’exode, mettant leur vie entre les mains de passeurs peu scrupuleux.
(TDG)




