Ukraine: «La plus grave violation de la trève» depuis février

 

«L’escalade d’hier a suivi le mouvement d’une grande quantité d’armes lourdes vers la ligne de contact par les séparatistes» prorusses qui a été rapporté dans la nuit par les observateurs de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), a dit une porte-parole du service diplomatique de l’UE, Maja Kocijancic, lors d’un point de presse.

«Pour nous, le cessez-le-feu doit être pleinement respecté et toutes les armes lourdes retirées (de la ligne de front, ndlr) et conservées dans des sites de stockage ouverts à des vérifications régulières par les moniteurs de l’OSCE», a encore estimé Mme Kocijancic.

Paris et Berlin s’inquiètent aussi de cette évolution. Le ministère français des Affaires étrangères a appelé jeudi à faire cesser «immédiatement» les combats dans l’est de l’Ukraine, exhortant toutes les parties à appliquer l’accord de Minsk.

Eviter l’escalade militaire

Le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier a fait part de sa «grande préoccupation». «Le cessez-le-feu est fragile, les violations peuvent conduire à ce que nous retombions à nouveau dans une situation d’escalade militaire. Nous devons l’éviter», a-t-il insisté lors d’une conférence de presse à Berlin avec son homologue ukrainien, Pavlo Klimkine.

Cette flambée de violence a fait 24 morts en 24 heures. Les rebelles ont nié toute implication dans ce que Kiev a décrit comme une «offensive majeure» de leur part. Le gouvernement ukrainien se dit avoir été obligé de riposter pour tenir ses positions.

Inquiétudes de l’OTAN

Les dernières violences dans l’est de l’Ukraine montrent que la trêve y est «très fragile», a estimé jeudi le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg. Il a répété la «responsabilité particulière» de la Russie, dont Petro Porochenko a dit craindre une «invasion généralisée».

«Ce que nous avons observé ces dernières 24 heures en Ukraine est un rappel qui montre que la trêve est très fragile, qu’il y a toujours des violations, et qu’il est d’autant plus important de soutenir toutes les tentatives, toutes les initiatives pour que le cessez-le-feu soit respecté», a dit M. Stoltenberg lors d’un point de presse en Norvège.

«La Russie a une responsabilité particulière parce que la Russie soutient les séparatistes, parce que la Russie leur fournit des armes lourdes et parce que la Russie a également des troupes dans l’est de l’Ukraine», a répété le patron de l’OTAN.

Il a de nouveau appelé toutes les parties à respecter les accords de Minsk. Outre une trêve, ceux-ci prévoient un retrait des armements lourds et un contrôle de leur application par des observateurs de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

«Imprévisibilité» croissante

Malgré ce regain de tensions et les appréhensions de certains pays de l’Alliance, notamment les États baltes et la Pologne, «nous ne voyons pas de menace immédiate en provenance de l’Est contre un quelconque pays de l’OTAN», a martelé M. Stoltenberg.

Mais «ce que l’on voit, c’est davantage d’imprévisibilité, davantage d’insécurité, davantage d’agitation», a estimé l’ex-Premier ministre norvégien sur les ondes de la radio publique NRK.

Il a dépeint une Russie fortement remilitarisée «qui est hélas plus agressive qu’elle ne l’était il y a quelques années». Elle n’hésite pas «à recourir à la force militaire pour changer les frontières en Europe», citant la Crimée, l’Ukraine et la Géorgie.

Réunion du Conseil de sécurité

Le Conseil de sécurité de l’ONU tiendra vendredi dans ce contexte une réunion d’urgence. Celle-ci a été demandée jeudi par la Lituanie après que le président ukrainien a affirmé que plus de 9000 soldats russes s’étaient déployés à travers l’Est du pays.

L’Ukraine a mis en garde contre la menace «gigantesque» d’une reprise des attaques des rebelles, disant craindre «une invasion généralisée». «Nous devons nous y préparer», a-t-il lancé. La concentration de forces russes près de notre frontière est une fois et demie plus importante qu’il y a un an», a-t-il affirmé, annonçant une hausse du budget de la défense.

La Russie a averti de son côté que le processus de paix risquait de «voler en éclats».

(ats)