«Préparez-vous, nous allons faire une politique nouvelle», dit Manuela Carmena en éclatant de rire. «J’aime vous déconcerter», lance-t-elle aux journalistes. A 71 ans, l’ancienne juge pétille. Elle va être investie maire de Madrid ce samedi. «Le désir de changement a vaincu la résignation et la campagne de la peur», triomphe à quelques centaines de kilomètres, à Barcelone, Ada Colau. Cette activiste sociale de 41 ans, militante du droit au logement, sera maire, elle aussi, ce samedi, sauf grosse surprise de dernière minute.
Les deux femmes incarnent le changement sorti des urnes le 24 mai. Issues du mouvement des Indignés, elles ont balayé les habitudes politiciennes et gagné leurs villes. Têtes de listes d’unions citoyennes intégrées par Podemos, elles ne perdent pourtant pas une occasion de proclamer leur indépendance. Leurs trajectoires parlent pour elles.
Depuis sa jeunesse engagée dans la lutte antifranquiste, Manuela Carmena a été de tous les combats sociaux. Avocate des syndicalistes clandestins puis défenseuse du droit des détenus, elle est anticonformiste par nature. C’est par hasard, pour «donner un coup de main», assure-t-elle, qu’elle s’est lancée dans la course à la Mairie, après avoir refusé toute sa vie les appels du pied des partis politiques.
Pour Ada Colau, c’est presque l’inverse. Ce sont les équipes de Podemos qui ont décidé de rallier son combat. Sa réputation la précède. Fondatrice de la plate-forme de défense des victimes du surendettement, elle a mené un combat de David contre Goliath. Au plus fort de la crise, elle a défendu le droit des plus démunis contre les banques et s’est levée à l’aube, chaque fois qu’il le fallait, pour être là avant les huissiers et donner assistance juridique aux familles menacées d’expulsion.
Sa mobilisation pour le droit au logement s’est étendue à travers toute l’Espagne, donnant naissance à des mouvements très efficaces. Cela a débouché sur une proposition de loi au parlement, alors le gouvernement espagnol était prié par Bruxelles d’offrir une meilleure protection aux plus vulnérables. Si ce n’est pas tout à fait ce qu’Ada voulait, c’était déjà un début de victoire.
Les deux femmes annoncent un «plan de choc» contre la pauvreté et l’exclusion, alors que la fracture sociale s’est accentuée avec la crise. Elles savent que leur arrivée fait grincer des dents les secteurs les plus conservateurs dans les deux villes. Des Indignées au pouvoir? Certains craignent de voir partir en fumée les grands projets immobiliers qui n’attendaient qu’une signature.
Elles promettent une gestion transparente, participative et efficace. A Madrid, Manuela Carmena a déjà annoncé qu’elle réviserait le plan d’urbanisme, pour qu’il soit exécuté «en fonction des intérêts de tous les citoyens et non pas de quelques-uns». A Barcelone, Ada Colau pourrait aussi freiner certaines ambitions. Elle a averti: «Les bourses de cantines scolaires sont plus importantes que le financement d’un Grand Prix de Formule 1.»
(24 heures)



