CPI: La justice sud-africaine tente de retenir le président soudanais

 

«Le président soudanais Omar el-Béchir ne pourra pas quitter la République d’Afrique du Sud jusqu’à ce que le jugement définitif soit rendu dans cette affaire, et les autorités sont priées de prendre toutes les mesures nécessaires pour l’en empêcher», a déclaré le juge de Pretoria, avant de renvoyer l’audience à lundi 11h30.

La justice d’un pays africain tente pour la première fois d’empêcher un chef d’Etat en exercice de quitter son territoire en réponse à une demande de la CPI.

Comme si de rien n’était toutefois, Omar el-Béchir, poursuivi pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide, a pris place en début d’après-midi au premier rang des chefs d’Etats pour la photo de groupe. Il se trouvait non loin du président sud-africain Jacob Zuma, hôte du 25e sommet de l’UA qui a lieu dimanche et lundi.

Mandats contre el-Béchir

Sachant que l’organisation continentale n’a jamais soutenu les poursuites contre le président el-Béchir, le ministre soudanais des Affaires étrangères Ibrahim Ghandour a commenté l’incident avec calme. «Ça fait vingt ans qu’ils disent ça, la CPI est un tribunal qui cible les dirigeants africains. C’est pourquoi nous n’obéirons qu’à des décisions venant de l’Union africaine», a-t-il dit.

Son homologue zimbabwéen Simbarashe Mumbengegwi, dont le pays exerce la présidence tournante de l’UA, a affirmé à l’AFP: «Dans le monde entier, les chefs d’Etat en exercice jouissent de l’immunité. L’Union africaine a donc dit qu’aucun tribunal du monde ne peut retirer cette immunité à un chef d’Etat en fonction».

Il est de fait très improbable que le pouvoir sud-africain fasse quoi que ce soit pour retenir Omar el-Béchir contre son gré.

Deux mandats ont été lancés par la CPI contre lui, en 2009 et 2010, en relation avec le Darfour, région de l’ouest du Soudan en proie aux violences depuis 2003. Plus de 300’000 personnes sont décédées dans ce conflit selon l’ONU.

Critique lancée par l’Afrique du Sud

Dans une décision rendue publique dimanche, la CPI indique avoir rappelé le 28 mai à l’Afrique du Sud son obligation statutaire d’arrêter et de lui remettre Omar el-Béchir si celui-ci se rendait sur son territoire.

Selon le document, l’ambassadeur d’Afrique du Sud aux Pays-Bas a rétorqué vendredi à la CPI, qui siège à La Haye, que son pays se trouvait face à des «obligations concurrentes» et que la loi «manquait de clarté».

Mais pour la CPI, «il n’existe aucune ambiguïté ou incertitude quant à l’obligation incombant à la République d’Afrique du Sud d’arrêter et de remettre immédiatement Omar el-Béchir à la Cour».

Le président el-Béchir, 71 ans, au pouvoir depuis un coup d’Etat en 1989 et réélu en avril sans opposition avec 94 % des voix pour un nouveau mandat de cinq ans, a depuis 2009 considérablement limité ses déplacements à l’étranger. Il privilégie les pays n’ayant pas rejoint la CPI.

Burundi et migrants

Par ailleurs, le sommet de l’UA devait être dominé par la crise au Burundi et la question des migrants. Une session dimanche matin a été consacrée aux dossiers brûlants des migrations et de la xénophobie.

Samedi, la présidente de la Commission de l’UA Nkosazana Dlamini-Zuma a exhorté les parties en conflit au Burundi à renouer le dialogue pour mettre fin à la crise qui secoue le pays depuis fin avril.

Les troubles ont fait au total une quarantaine de tués et poussé plus de 100’000 Burundais à fuir vers les pays voisins. Ils ont été provoqués par la candidature du président Pierre Nkurunziza à un troisième mandat – jugé inconstitutionnel par ses opposants – après dix ans de pouvoir.

 

(ats/Newsnet)