Action choc en Allemagne: Des artistes ramènent à Berlin les corps de migrants noyés

 

Ils réclament la «chute du mur de l’Europe». Et pour faire prendre conscience à l’opinion publique du drame qui se joue aux frontières du continent, un collectif d’artistes berlinois a décidé d’aller chercher des corps de migrants noyés en Méditerranée pour les enterrer dans les cimetières de la capitale.

«Nous ne voulons plus laisser les morts de l’Europe se décomposer au fond d’un frigo ou dans les fosses communes anonymes. Nous transférons le problème en Allemagne. Nous avons décidé de rendre leur dignité aux victimes de la politique européenne», explique Justus Lenz, porte-parole du mouvement artistique Centre pour la beauté politique (ZPS, Zentrum für politische Schönheit).

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Ce groupement d’artistes s’est fait connaître à la fin de 2014 pour avoir volé 14 croix dédiées aux victimes du mur de Berlin afin de les installer symboliquement sur les grillages des frontières européennes. «Il y a eu plus de morts en six mois en Méditerranée qu’en vingt-huit ans pendant le mur de Berlin», insiste Justus Lenz.

Cadavres sous les fenêtres

Pour dimanche, ils ont annoncé une «marche des volontaires» au cœur du Berlin politique avec l’installation d’un «cimetière» devant la Chancellerie. «Les morts seront là. Ils seront enterrés sous les yeux des bureaucrates assassins», promet le porte-parole. «L’Allemagne est l’un des pays les plus riches du monde. Elle a les moyens de s’occuper de ce problème mais ne fait rien. Au contraire! Notre ministre de l’Intérieur, Thomas de Maizière, coordonne depuis son bureau la guerre de protection antimigrants et le verrouillage militaire de l’Europe», accuse Justus Lenz.

La performance artistique, qui s’intitule «Les morts arrivent», a commencé en début de semaine avec l’enterrement d’une Syrienne noyée en Méditerranée avec un de ses enfants (qu’on n’a jamais retrouvé). L’enterrement a été organisé avec les proches de la victime (pas présents pour assurer leur anonymat) et un imam. Angela Merkel et son ministre de l’Intérieur, Thomas de Maizière, ont été invités à la cérémonie. Mais les chaises sont restées vides. Une image immortalisée par tous les médias présents.

D’autres enterrements sont prévus cette semaine à Berlin et l’action devrait se poursuivre dans les prochains mois. «Tant que les murs ne tomberont pas aux frontières de l’Europe, les morts continueront d’arriver à Berlin», promet le porte-parole du collectif.

Transport légal

Vendredi dernier, une camionnette de pompes funèbres italiennes transportant deux cercueils a été interceptée en Bavière lors d’un contrôle de routine. Mais elle a pu repartir. «Toute cette opération est légale», insiste Justus Lenz. Selon lui, il n’y a eu aucun obstacle administratif pour obtenir des papiers afin de transporter les corps. «Si vous êtes migrant, il est plus rapide d’arriver mort que vivant en Allemagne», constate-t-il.

Certains responsables politiques ont déjà condamné le «manque de piété» de cette opération ultramédiatisée. «Les morts ne doivent pas faire l’objet d’une action artistique», a dénoncé Volker Beck, un des leaders des Verts. Un argument qui fait bondir Justus Lenz: «Que ces gens aillent voir les cadavres des migrants aux frontières de l’Europe pour réfléchir à la signification du mot piété.»


De nouveaux murs en Europe

Afin de contrer l’arrivée des migrants, la Hongrie a annoncé mercredi la fermeture de sa frontière avec la Serbie et la construction d’une clôture de quatre mètres de haut. Erigée d’ici au 24 juin, elle courra sur 175 km de long. Selon le gouvernement hongrois, 54 000 migrants sont arrivés dans le pays depuis le début de 2015. Avec sa barrière antimigrants, ce pays rejoint ainsi la Bulgarie et la Grèce, qui ont déjà mis en place de telles «murailles», ainsi que l’Espagne avec ses enclaves sous barbelés en Afrique du Nord.

De son côté, la France n’a pas sorti la truelle mais annoncé la mise en place d’un «dispositif renforcé» destiné à bloquer l’entrée sur son territoire des indésirables à la frontière italienne. Paris prévoit par ailleurs la création de 10 500 places d’hébergement pour faire face à l’urgence.

D’autres barrières, enfin, semblent empêcher la conclusion d’un accord sur la répartition de l’accueil des migrants au sein de l’UE. Les négociations en cours sur le «plan Juncker» n’ont toujours rien donné.

C.M. (24 heures)