Frégates, sous-marins, hélicoptères, avions patrouilleurs, drones… Tout est prêt pour le lancement de la mission navale «EU Navfor Med», censée s’attaquer dans les eaux libyennes aux réseaux criminels de passeurs de migrants clandestins. Les derniers obstacles ont été levés vendredi. Le feu vert sera donné ce lundi à Luxembourg par les 28 chefs de la diplomatie européenne. Le déploiement pourra ainsi commencer avant la fin du mois, sous le commandement d’un amiral italien.
Cette mission est à ne pas confondre avec les opérations de sauvetage. Elle vise notamment à détruire les puissants «bateaux mères» utilisés par les trafiquants pour tracter en haute mer des embarcations bondées de migrants, qui finissent souvent par chavirer. Les passagers, livrés à eux-mêmes, n’ont alors plus qu’à prier pour que des garde-côtes italiens les repèrent et les amènent jusqu’aux rivages européens.
Les mains liées
Le hic, c’est qu’en l’absence d’un feu vert du Conseil de sécurité des Nations Unies, l’opération européenne ne pourra pas faire usage de la force dans les eaux libyennes. Elle devra donc se limiter à une surveillance des côtes à distance. «Les navires, avions et drones seront déployés dans le sud de la Méditerranée pour collecter du renseignement et préparer les phases futures», a expliqué vendredi à l’AFP un responsable européen. «Mais on a vocation à aller plus loin», a enchaîné un diplomate. Ce ne serait qu’une «première phase» destinée à «préparer une montée en puissance», a encore ajouté l’un de ses collègues. «Nous sommes plutôt optimistes qu’in fine, il y aura une résolution du Conseil de sécurité» permettant d’arraisonner les navires suspects, de couler les embarcations des passeurs, voire de bombarder leurs caches sur la côte», a conclu le premier.
Reste qu’il sera difficile d’arracher un mandat du Conseil de sécurité, qui demande le consentement préalable des autorités libyennes. Le pays est déchiré entre factions rivales et compte même deux gouvernements antagonistes: l’un à Tripoli, l’autre réfugié à Tobrouk. C’est dire que les Européens, en particulier la cheffe de la diplomatie Federica Mogherini, sont suspendus aux pourparlers en cours à Skhirat, au Maroc. S’il y a un gouvernement d’unité nationale, celui-ci pourra présenter sa requête à l’ONU.
Situation kafkaïenne
Mais cette situation kafkaïenne pourrait en plus créer un appel d’air. La présence accrue de navires militaires (qui ont l’obligation de secourir toute embarcation en danger) risque d’encourager les passeurs à multiplier les sorties.
(24 heures)



