Sur tous les fronts, Barack Obama semble, ces derniers mois, baisser (un peu) la garde, et partager davantage ses émotions, note la presse américaine cette semaine. On l’avait certes déjà vu verser une larme, notamment lors d’un meeting avec son staff après sa réélection ou suite à la fusillade de Newtown, Connecticut, qui avait fait 20 morts en 2013.
Mais ces démonstrations restaient rares, jusqu’à un récent changement de ton: une mise en avant d’un côté plus humain, soulignent ses collègues de longue date.
Les yeux rouges pour ses adieux à Beau Biden
De nombreux médias (ci-dessous, CNN) ont relevé l’émotion du président lors de l’hommage rendu au fils du vice-président Joe Biden, Beau Biden, décédé à l’âge de 46 ans d’un cancer début juin.
Certains ont fait part de leur surprise suite à son discours «Je me suis dis: ‘Wow! Où était caché ce type-là ?’ (…) Mon Dieu, s’il avait montré ce genre de sentiments et de connexion aux autres, je pense que sa présidence aurait été différente! (…) S’il pouvait s’autoriser à montrer ce côté-là, il serait beaucoup plus proche des Américains, et bien plus proche du Congrès», confie un ancien sénateur démocrate qui a assisté aux funérailles de Beau Biden au New York Times.
Même son de cloche pour un élu démocrate qui, lui, évoquait une rare intervention de dernière minute, très personnelle, d’Obama, au sujet du traité de libre échange le 12 juin dernier. C’était «un cri du cœur» affirme celui-ci. «On pouvait vraiment voir sa tension. Je ne l’ai jamais vu aussi émotif».
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«Pourquoi suis-je si triste?»
Selon son ex-bras droit David Axelrod, interrogé par le New York Times, Barack Obama a du mal à retenir ses larmes lorsqu’il évoque son foyer ou qu’il est amené à s’exprimer sur la famille ou les enfants en général.
De son propre aveu – en public en avril dernier, Barack Obama «a les larmes aux yeux au milieu de la journée» en évoquant ses deux filles Sasha (14 ans) et Malia (16 ans). «Je n’arrive pas à me l’expliquer! Pourquoi suis-je si triste?»
Réponse: «Elles me quittent», bientôt, pour l’université lance-t-il à ses invités sur le ton de la plaisanterie (avec des trémolos dans la voix). Le temps passe vite, surtout à la Maison Blanche.
Sur son compte Twitter personnel, ouvert en mai dernier, Barack Obama se décrit d’ailleurs comme «père, mari et 44e président des Etats-Unis», donnant une idée de son ordre de priorité.
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Franc-parler
Dans un autre registre, Barack Obama n’a pas caché ces derniers jours sa tristesse et son exaspération face à toute-puissance des défenseurs des armes à feu aux Etats-Unis, et n’a pas hésité pas à mettre les pieds dans le plat pour parler du racisme.
En témoigne la polémique née lundi 22 juin de son emploi, à dessein, du mot «nègre» («nigger» en anglais) lors d’une interview, très personnelle et informelle dans le garage du comédien Marc Maron: «Nous ne sommes pas guéris du racisme! Il ne s’agit pas seulement de ne pas dire ‘nègre’ en public parce que c’est impoli. Ce n’est pas à cela que l’on mesure si le racisme existe toujours ou pas», a affirmé Obama.
CNN a commenté cet usage «intentionnel» du mot pour faire voler en éclat le «politiquement correct» d’habitude si cher aux hommes politiques américains.
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Comment expliquer le changement de ton de celui que ses détracteurs jugent incapables d’empathie? David Axelrod estime que le président est peut-être «plus à l’aise dans sa fonction» après toutes ces années de mandat, et peut se permettre davantage de «révéler ses sentiments».
Dans la même veine, certains y voient la fin de la course à l’image: Barack Obama peut, peut-être, enfin être lui-même, aucune échéance électorale ne l’attendant au tournant.
(Newsnet)



