Les Européens sont ouverts au dialogue. Pas vraiment avec la Grèce d’Alexis Tsipras, face à laquelle ils demeurent inflexibles. Mais certainement avec le Royaume-Uni de David Cameron, qui exige pourtant de réformer l’Union européenne (UE). Il faut dire que le premier ministre britannique possède un avantage majeur sur son homologue hellène: il représente une économie qui compte, notamment grâce au poids de la City et à son influence internationale. D’abord froidement appréhendé par ses partenaires, David Cameron a réussi à atténuer les principales tensions au cours d’une rapide tournée sur le Vieux-Continent.
Preuve que l’Union est dans de meilleures dispositions: c’est un Britannique, Jonathan Faull, que Bruxelles a nommé mercredi à la tête de la task force «Brexit», spécialement dédiée à la question du référendum que le Royaume-Uni organisera d’ici à 2017 pour décider s’il reste dans l’UE ou s’il en sort. Et, comme pour confirmer ce nouvel état d’esprit, David Cameron a obtenu l’autorisation de présenter son projet de réformes ce jeudi soir, à la fin du dîner du Conseil européen. C’est donc la première fois que les objectifs britanniques seront officiellement discutés par les responsables du continent.
Sur l’économie: acceptable
Davantage de compétitivité et un marché unique renforcé. Le ministre britannique des Affaires étrangères, Philip Hammond, l’a présenté sans détour: il veut «rendre l’UE plus compétitive, plus tournée vers l’extérieur, plus concernée par le moyen de nous maintenir au sein de l’économie mondiale, être sûrs que toute l’UE peut créer des emplois, la croissance économique et la prospérité dont nous avons besoin». En bon porte-parole du patronat, il critique les lois du travail qui ralentissent la production, augmentent les coûts et limitent donc l’accroissement des marges.
Philip Hammond réclame aussi l’équité pour les non-membres de la zone euro. «Nous avons besoin de changements dans les arrangements structurels pour nous assurer que le Royaume-Uni, en tant que pays situé hors de la zone euro, est traité justement, que les pays de la zone euro ne puissent pas faire peu de cas de nos intérêts.» Londres craint en effet d’être constamment mis en minorité. Pour empêcher une telle situation, David Cameron veut modifier les majorités requises lors des votes selon le sujet concerné, comme par exemple sur la législation financière, qui affecte directement la City.
Sur la souveraineté: difficile
Plus de souveraineté nationale. Les dirigeants britanniques ne s’en sont jamais cachés: ils soutiennent le projet économique de l’UE, pas son projet politique. L’idée d’une union toujours plus étroite n’a jamais été leur tasse de thé. Le président français, François Hollande, est bien plus ouvert à cette possibilité que son prédécesseur Nicolas Sarkozy. L’an dernier, le locataire de l’Elysée avait ainsi admis face à son homologue britannique que «nous pouvons comprendre nos positions respectives. Donc nous devons concevoir une Europe à plusieurs vitesses, dans le respect de tous les pays.» Reste à voir la forme que prendrait cette Europe-là.
Sur l’immigration: impossible
David Cameron veut sérieusement limiter l’accès des Européens aux prestations sociales britanniques. Le premier ministre vise-t-il tous les immigrés européens ou seulement ceux qui ne travaillent pas? Si sa volonté de mettre tous les étrangers dans le même sac est confirmée, cela remettrait en cause la liberté de circulation des travailleurs. Une ligne rouge pour la quasi-totalité des membres de l’UE.
David Cameron est pris entre deux feux. Il lui faut obtenir des concessions des Vingt-Huit, qui conviennent aux eurosceptiques de son parti. Sans résultat probant, ces derniers pourraient convaincre les Britanniques de sortir de l’UE à l’occasion du référendum prévu sur la question entre mai 2016 et la fin de 2017.
(24 heures)



