État islamique: Les djihadistes attaquent Kobané et entrent dans Hassaké

 

A Kobané (Aïn Al-Arab en arabe), les djihadistes sont revenus par la ruse: ils ont revêtu l’uniforme des Unités de protection du peuple kurde (YPG), la principale milice kurde syrienne, selon des militants contactés par l’AFP.

En janvier, les YPG avaient chassé le groupe ultraradical de cette ville frontalière de la Turquie après quatre mois de combats, faisant de la cité un haut lieu de la lutte anti-EI. Les combattants kurdes avaient eu le soutien des frappes aériennes de la coalition menée par les Etats-Unis.

Les djihadistes ont perpétré trois attentats-suicide à la voiture piégée près du poste-frontière avec la Turquie, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), qui n’était pas en mesure de fournir un bilan des victimes.

L’EI a affirmé dans un communiqué avoir «pris d’assaut la ville d’Aïn al-Islam (nom donné par les djihadistes à Kobané) après plusieurs opérations kamikazes (…) tuant des dizaines d’athées», en référence aux YPG, qui sont de tendance gauchiste. Il a assuré combattre les Kurdes sur plusieurs fronts dans la ville.

Au moins 57 morts

Les combats, qui ont fait au moins 57 morts selon l’OSDH – 35 Kurdes et 22 djihadistes – se poursuivaient en début de soirée, notamment dans le sud de Kobané, où les YPG ont dépêché des renforts. «Plusieurs civils sont utilisés comme des boucliers humains dans une maison dans le sud de la ville», a indiqué Rami Abdel Rahmane, directeur de l’OSDH.

L’organisation basée en Grande-Bretagne s’appuie sur un réseau d’informateurs en Syrie. Une cinquantaine de personnes ont fui Kobané et se sont rendues au point de passage frontalier de Mursitpinar pour tenter de se réfugier en Turquie.

Passés par la Turquie?

Des membres de l’organisation extrémiste ont aussi exécuté 23 Kurdes syriens, y compris des femmes et des enfants, dans un village des environs de Kobané, d’après l’OSDH et des militants. D’après le militant Arin Shekhmos, l’attaque de Kobané «est une vengeance de la part de l’EI après ses revers sur plusieurs fronts face aux forces kurdes et leurs alliés rebelles».

Sans citer de source, la télévision syrienne affirme que des combattants de l’EI sont passés par la Turquie pour attaquer Kobané. En Turquie, le Parti démocratique des peuples (HDP), qui représente notamment la minorité kurde de Turquie, a accusé le gouvernement d’apporter son appui aux djihadistes et d’avoir une part de responsabilité dans le «massacre» commis à Kobané.

Entrée dans Hassaké

Plus à l’est, à Hassaké, les combattants de l’EI se sont emparés pour la première fois de deux quartiers dans cette capitale provinciale partagée entre le régime et les forces kurdes, ajoute l’OSDH. Au moins 20 djihadistes et 30 membres des forces du régime ont été tués lors des violents affrontements.

L’EI y avait entamé une offensive le 30 mai, mais avait jusqu’à présent été repoussé. Un attentat-suicide contre un point de contrôle tenu par une milice pro-régime lui a cette fois permis d’entrer dans la cité. Dans un communiqué publié sur internet, l’EI dit avoir repoussé les forces gouvernementales vers le centre-ville après avoir pris un quartier du sud-ouest de Hassaka.

Les Kurdes proches de Raqqa

Enfin dans le Sud, près de la Jordanie, les rebelles, appuyés par la branche d’Al-Qaïda en Syrie, progressaient face aux forces du régime dans la ville de Deraa, chef-lieu de la province éponyme. Les combats ont fait 38 morts – 18 rebelles et 20 soldats, selon l’OSDH.

Depuis début mai, avec l’aide des frappes aériennes de la coalition internationale, les peshmergas (combattants) kurdes ont chassé l’EI de vastes secteurs de la province de Hassaké et ont pénétré dans celle de Raqqa. Ils ne sont qu’à 50 km de la ville de Raqqa, «capitale» officieuse de l’EI.

(ats/Newsnet)