Il était une heure du matin dans la nuit de vendredi à samedi quand le premier ministre grec, Alexis Tsipras, a surpris son monde en annonçant la tenue d’un référendum sur les propositions de réformes des créanciers d’Athènes pour dimanche prochain, le 5 juillet. Un coup de tonnerre que personne n’attendait et qui a provoqué la colère et l’incompréhension des partenaires européens d’Athènes.
Pour expliquer sa décision, le chef du gouvernement grec a prononcé un long discours, assurant qu’il s’agissait là de la seule solution possible, face à la menace de «Grexit» annoncée de toutes parts. «La Grèce n’est ni un invité ni un visiteur chez l’hôte européen. Personne n’a le droit de nous montrer la porte de notre maison commune.»
Mais derrière cette position de principe, en phase avec l’opinion publique du pays, Alexis Tsipras tentait surtout, en appelant au soutien massif de ses concitoyens, de jouer un ultime joker dans des négociations infructueuses, dont la tournure commençait à être critiquée par son propre parti. Un plan qu’il avait d’ailleurs envisagé depuis longtemps, comme l’a révélé un de ses ministres.
«Une triste décision»
Le parlement grec l’a soutenu en approuvant dans la nuit de samedi à dimanche la convocation à un référendum. Mais le coup de poker a été très mal pris par les ministres des Finances de la zone euro. C’est «une triste décision pour la Grèce», qui «ferme la porte à la poursuite des discussions», a déploré le président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem. La Grèce «a mis fin aux discussions de manière unilatérale», a renchéri l’Allemand Wolfgang Schäuble.
La décision grecque étonne d’autant plus à Bruxelles que, comme le relèvent certains, la proposition sur laquelle doivent voter les Grecs dimanche prochain est déjà caduque.
Pour montrer sa fermeté, l’Eurogroupe a annoncé que le plan d’aide financière prendra fin le 30 juin. Refusant ainsi, comme l’espérait Athènes, une prolongation jusqu’à la tenue du référendum. Le ministre autrichien des Finances, Hans Jorg Schelling, a dès lors estimé qu’une sortie de la Grèce de la zone euro semblait désormais «presque inévitable».
Soutien des Grecs
Une bonne partie de la population grecque n’en a pas moins accueilli la convocation au référendum avec soulagement. Car les Grecs n’en pouvaient plus de l’incertitude, des ultimatums, des réunions «de la dernière chance» et du sentiment d’être piégés dans une situation inextricable. Et surtout d’avoir l’impression que personne n’écoute ce qu’ils ont exprimé démocratiquement en janvier dernier, en élisant un nouveau gouvernement pour dire stop à l’austérité qui a ravagé leur pays. «Au moins, tout sera clair», a-t-on pu entendre à de nombreuses reprises dans les rues d’Athènes ce week-end.
Et si la Grèce semble au bord du gouffre, à Athènes on veut encore croire que tout n’est pas perdu. La Banque centrale européenne vient en effet d’offrir un petit sursis au pays en prolongeant l’approvisionnement en liquidités de ses banques, qui resteront cependant fermées temporairement pour éviter des retraits massifs de capitaux (lire ci-dessous).
Et sur le plan politique, l’agenda s’annonce aussi chargé. Le ministre des Affaires étrangères, Nikos Kotsias, doit rencontrer lundi le représentant de l’Union européenne à Athènes, puis les ambassadeurs des Etats-Unis, de la Russie et de la Chine. Il tentera une nouvelle fois de rappeler que la crise grecque est aussi une crise européenne, dont les conséquences peuvent être lourdes pour tout le monde. Et que sa solution ne peut être que politique et non comptable. (24 heures)



