«Stupide», «irresponsable» et «ridicule». Pour les responsables de Fajr Libya (Aube de la Libye), c’est-à-dire la coalition de milices au pouvoir dans l’ouest du pays, il n’y a pas de mots assez durs pour qualifier la décision prise par le gouvernement de la Tunisie voisine: construire un mur à la frontière entre les deux pays.
Evoquée mercredi par le premier ministre tunisien, Habib Essid, cette mesure n’est pas nouvelle. Elle avait été annoncée en juillet 2014. La mise en place de ces «obstacles» – terme utilisé par le Ministère tunisien de la défense – avait alors pour objectif de limiter la contrebande, devenue un business institutionnalisé dans la région frontalière. Les travaux ont débuté discrètement le 10 avril. Mais ce mur est revenu au-devant de la scène suite à l’attaque du 26 juin à Port El Kantaoui (près de Sousse), qui a coûté la vie à 38?touristes étrangers. L’auteur de l’attentat, Seifeddine Rezgui, avait en effet été entraîné en Libye, selon les autorités tunisiennes.
Un nouveau mur de Berlin?
Constituée de «bastion walls» (ndlr: cubes en grillage remplis de gravats) et de miradors, cette séparation reliera le poste frontière de Ras Jedir, au bord de la Méditerranée, à celui de Dehiba, 150 km plus au sud. «La première partie doit s’achever à la fin de 2015. Nous attendons le budget pour prolonger ces obstacles», explique Belhassen Oueslati, porte-parole du Ministère de la défense, qui refuse d’utiliser le terme de «mur», car «il rappelle celui de Palestine ou de Berlin».
Le «mur de Berlin», c’est justement ainsi que l’appellent les autorités de Fajr Libya, qui contrôle une bonne partie de cette frontière. «La plupart des attaques menées en Libye sont le fait de Tunisiens, rappelle Jamal Zubia, porte-parole du gouvernement de Tripoli. Le pire, c’est que les services de renseignements tunisiens refusent de coopérer avec nous. Ils construisent un mur, mais ils laissent passer les terroristes par les postes-frontières officiels.»
Amateurisme
Un conseiller du ministre des Affaires étrangères de Fajr Libya estime que cela ne changera rien à la menace terroriste, notant que Seifeddine Rezgui, auteur présumé de l’attaque de Port El Kantaoui, avait un casier judiciaire vierge. Agacé, le conseiller libyen s’en prend à l’amateurisme de ses voisins: «Dans son allocution samedi (ndlr: pour annoncer l’état d’urgence), le président tunisien a dit que la Libye partageait une frontière avec le Mali. Il faut vraiment qu’il révise sa géographie! Et qu’il revoie sa copie.» (24 heures)



