Les Grecs sont sonnés par la chaleur et la nuit passée devant le poste de télévision à espérer un miracle qui n’est pas venu. Ils espéraient un accord qui leur aurait permis de repartir d’un bon pied dès cet été. Ou au contraire une rupture qui aurait eu le bénéfice de clarifier la situation. Au final, ils n’ont eu ni l’un ni l’autre. Juste une signature au bas d’un document, écrit en anglais, pas encore traduit en grec, qui livre le pays, pieds et mains liés, à ses créanciers, avec comme seule contrepartie la non-sortie de l’euro.
«La confiance est perdue»
Aussi bien dans les rues d’Athènes qu’à Marmari, petit port de l’île d’Eubée, aucune explosion de joie, ni même de sentiment de soulagement ou d’espoir. L’incertitude demeure entière. Pour ces jeunes, attablés au bord de l’eau, le constat est amer. Pour Nikos, «on n’est sûr de rien, c’est ce qui nous ronge. La seule chose que l’on sait, c’est qu’on va encore souffrir. Alors pourquoi avoir fait ce référendum, pour après signer un accord encore pire?» Sofia, elle, s’angoisse parce qu’il n’y a encore aucune reprise touristique. «Je ne gagnerai rien cet été. Comment je vais payer ma dernière année d’études l’an prochain?» Aris, le plus âgé de la bande, tempère: «Au moins, on a assuré notre avenir en Europe. On n’a pas quitté la famille européenne.» Ce qui fait bondir les autres: «C’est une famille, ça? Qui te met le couteau sous la gorge et te vide les poches? Regarde maintenant ce qu’ils nous imposent. On perd même notre souveraineté. On ne peut plus faire nos lois et ils vont vendre tous nos biens publics à des investisseurs étrangers. Mieux vaut mille fois être orphelin.»
Ce fort sentiment d’humiliation nationale, on le retrouve dans le blog du vétéran eurodéputé Manolis Glezos. «La confiance en l’Europe est perdue. Dans l’Europe allemande, celle des marchés, des coups d’Etat, du dur euro, des institutions antidémocratiques.» L’article, sous le titre «La fumée blanche du Conseil, c’est celle des cendres de la Grèce», dénonce «un accord qui ne va pas se réaliser, un accord honteux, un coup d’Etat». Cette même expression «#ThisACoup» (C’est un coup d’Etat) est devenue en quelques heures le deuxième hashtag sur Twitter dans le monde et le premier en Allemagne et en Grèce (lire ci-dessous).
Un jeune «Zorba» de gauche
Tout le monde en est d’accord: le feuilleton «Grecs versus Européens» n’est pas fini. Les Grecs s’attendent à de nouveaux rebondissements dans les jours qui viennent. Déjà, 32 députés de Syriza ont fait connaître leur opposition, les syndicats appellent dès demain à la grève contre cette nouvelle politique de rigueur. Sans que personne ne dénie l’envergure d’homme politique acquise par Alexis Tsipras. Un dernier sondage lui donne encore 38%, loin derrière son rival à 18%. Tous s’accordent à penser que face à une Europe majoritairement à droite, un jeune «Zorba» de gauche ne pouvait rien faire d’autre que de mettre cette Europe devant ses responsabilités et en révéler les contradictions.
Un olivier, une vigne et un bateau
La discussion se poursuit, toujours aussi animée. Pour Charikleia, il aurait fallu être plus radical. «On aurait dû dire un vrai non en actes, en s’arrêtant tous de travailler au lieu d’aller faire la queue devant les guichets automatiques ou de rester à la maison et de se lamenter. Tous, les salariés, les commerçants, les taxis. Mais on ne l’a pas fait.» Lydia, elle, est pour une solution alternative positive. Pour elle, il faut retourner à la production et aux fondamentaux. «Comme le dit si bien notre Prix Nobel Odysseas Elytis: décomposez la Grèce et vous verrez qu’il ne restera pour finir qu’un olivier, une vigne et un bateau.» (24 heures)



