Crise financière grecque: Les Allemands votent le plan mais leur image est déjà écornée

 

Pour Angela Merkel, il était temps que la semaine s’arrête. Le Bundestag, la chambre basse du Parlement allemand, a donné son accord pour l’ouverture des négociations sur un troisième plan d’aide à la Grèce. Sur 598 votants, 439 ont voté «oui», 119 non, et 40 se sont abstenus.

Un chapitre est donc clos, un autre s’ouvre dont l’issue semble toujours plus incertaine. Cette séquence politique restera l’une des plus calamiteuses opérations de communication des dix ans au pouvoir d’Angela Merkel.

Tout a commencé par la révélation samedi de l’existence d’un plan stratégique envisageant un Grexit temporaire préparé par le ministre des Finances Wolfgang Schäuble. De quoi planter le décor d’une Allemagne intransigeante, prête à passer en force pour écarter le mauvais élève, récalcitrant aux mesures d’austérité. Le poids lourd du gouvernement a aggravé un peu plus son cas en affirmant, sur la radio publique allemande que «personne ne sait en ce moment comment la situation peut continuer sans une réduction de la dette et chacun sait qu’une décote est incompatible avec le statut de membre de la monnaie unique.» Un soutien implicite à l’idée d’un Grexit temporaire qui a jeté encore un peu d’huile sur le feu.

Vendredi, il a donc été la cible des critiques des partis d’opposition. «Vous êtes en train de détruire l’idée européenne, lui a lancé Gregor Gysi, leader sur le départ du parti de gauche radicale Die Linke. Vous faites du mal à notre pays, durablement.» Wolfgang Schäuble a défendu ce plan, auquel il ne croit guère en avançant qu’«il s’agit d’une dernière tentative de mener à bien une mission extrêmement difficile».

Très critiqué pour sa gestion erratique de la crise grecque, le vice-chancelier et leader des sociaux-démocrates Sigmar Gabriel a de son côté appelé à un «nouveau départ».

Parmi les députés opposés à ce troisième plan très contesté, 65?appartiennent au camp chrétien-démocrate. Un nombre qui ne cesse de croître à chaque vote (ils étaient seulement 29 à avoir voté contre, lors de la prolongation du deuxième plan d’aide). Les sociaux-démocrates, eux, se sont quasiment tous prononcés en faveur de ce mandat.

Dans son discours, Angela Merkel s’en est tenue au strict minimum. Mais si le style épuré de la chancelière fonctionne toujours, l’usure se fait sentir. Surtout après le désastre médiatique qui a suivi la diffusion, jeudi, de la vidéo d’un forum citoyen où elle fait pleurer une jeune demandeuse d’asile palestinienne en lui expliquant sans affect les limites de la politique d’accueil des réfugiés en Allemagne.

Le succès sur les réseaux sociaux des hashtags #ThisIsACoup (C’est un putsch) et #boycottGermany est le symptôme du malaise grandissant sur le leadership allemand en Europe. Si l’on en croit l’analyse du philosophe allemand Jürgen Habermas dans les colonnes de The Guardian, «le gouvernement allemand a pour la première fois revendiquée clairement une hégémonie en Europe. Je crains que le gouvernement ait dilapidé en une nuit tout le capital politique qu’une Allemagne meilleure avait accumulé en un demi-siècle», note-t-il.

Et l’on s’interroge de plus en plus sur la piètre gestion de ce facteur par le gouvernement. «Berlin doit enfin développer une diplomatie publique en direction des pays affectés par la crise», estimait par exemple dans la Süddeutsche Zeitung Almut Möller, membre du Centre Oppenheim pour les questions de prospective européenne.

(TDG)