L’accord imposé à la Grèce par ses créanciers commence à remettre la politique dans un jeu dont elle a été exclue au profit de l’économie, ou plutôt de la comptabilité. Ainsi, le président français François Hollande a-t-il émis, dans une tribune libre au Journal du Dimanche, une proposition qui vise, ni plus ni moins, à transformer l’actuelle zone euro en super-Etat.
Il en a déjà émis l’idée (le président l’avait piquée à Jacques Delors, qui vient de fêter ses nonante ans) lors de son intervention du 14 juillet. Il l’a précisée dimanche: la zone euro disposerait d’un gouvernement, placé sous le contrôle d’un parlement et gérant un budget qui lui soit propre. Pour concrétiser cette idée, le président français souhaite qu’une «avant-garde» se lève. Une avant-garde constituée par «la France, l’Allemagne, l’Italie», a-t-il ajouté plus tard.
La logique comptable, défendue par l’Allemagne et son ministre des Finances Schäuble, a prévalu tout au long des âpres discussions avec le gouvernement d’Alexis Tsipras; elle a montré non seulement ses limites, mais aussi ses dangers, à savoir une division entre pays du Nord et du Sud en Europe. Actuellement, les dix-neuf pays de la zone euro se réunissent au sein de l’Eurogroupe présidé par le Néerlandais Jeroen Dijsselbloem, mais cette entité ne dispose pas de pouvoirs réels. Ce vide a permis à l’Allemagne, poids lourd économique, d’exercer pleinement son emprise.
Le but de François Hollande consiste donc à équilibrer l’influence germanique par l’instauration de cette structure supraétatique. D’autant plus que la France se trouve à quelques mètres du banc des accusés, sa dette grimpant vers d’impressionnants sommets (97,5% du produit intérieur brut)*. Même si le poids de la France est sans commune mesure avec celui de la Grèce, Paris veut absolument éviter que Berlin soit son unique interlocuteur dans l’inévitable confrontation avec les conséquences de sa dette publique.
Cette fin de semaine, l’ancien patron français du Fonds monétaire international (FMI) Dominique Strauss-Kahn est également intervenu dans ce contexte en fustigeant la politique de Berlin vis-à-vis d’Athènes. Le couple franco-allemand est devenu un cliché vide de sens. Il s’agit aujourd’hui d’endiguer l’hégémonie allemande. ? (*) A titre de comparaison, la dette grecque atteint 175% de son PIB et la Suisse, 34,20%.
(TDG)



