Passage de la Manche: Et si Paris laissait filer les migrants en Angleterre?

Calais n’en peut plus. Quelque 3000 migrants fuyant les guerres et la misère restent bloqués dans cette ville portuaire sise au nord de la France, juste en face des côtes anglaises. Particularité juridico-politique: la frontière britannique commence à Calais, en raison de l’Accord du Touquet de 2003; ce sont donc les gardes-frontière anglais qui, sur le sol français, procèdent au filtrage des voyageurs vers les îles britanniques; feu vert pour les touristes, feu rouge pour les migrants. Ces derniers errent à Calais entre deux tentatives (1500 à 2000 par nuit) de passages clandestins dans des camions pour franchir la Manche via l’Eurotunnel, au péril de leur vie (neuf morts depuis la fin de juin).

Menace

L’ancien ministre français du Travail Xavier Bertrand a proposé, hier, de ne plus appliquer le Traité du Touquet et de laisser passer les migrants. A charge aux Anglais de se débrouiller avec «leurs» migrants clandestins lorsqu’ils arriveront à Douvres. Cette menace ne serait mise à exécution que si le gouvernement de David Cameron ne se décidait pas à réprimer le travail au noir dans son pays: «Messieurs les Anglais, cessez votre dumping social», clame Bertrand dans le Journal du Dimanche. Un laxisme qui, selon l’ancien ministre, attire les clandestins outre-Manche.

Il faut dire que l’intervention de Bertrand a lieu après quelques feux de bouche allumés de l’autre côté du «Channel». Ainsi, les tabloïds britanniques ont claironné que l’armée britannique est prête à intervenir à Calais devant l’«incompétence» des «Frenchies». Même si ces propos d’après-gin ne sont pas à prendre au pied de la lettre, ils n’en traduisent pas moins l’éloignement constant entre les deux rives.

Action commune

Ce week-end, les ministres de l’Intérieur français (Bernard Cazeneuve) et britannique (Theresa May) ont tenu à calmer les esprits dans un communiqué commun, en assurant que les deux Etats travaillent de concert. Londres annonce, en outre, une rallonge de dix millions d’euros pour renforcer les dispositifs de sécurité d’Eurotunnel. Cela paraît bien peu de chose devant l’ampleur de cette crise migratoire majeure.

Quant à Xavier Bertrand (Les Républicains, LR), en diffusant son opinion que beaucoup partagent en France, il s’est bien placé dans la perspective des prochaines élections régionales du Nord-Pas-de-Calais; il y affrontera, notamment, Marine Le Pen, la présidente du Front national. L’ancien ministre vise aussi, implicitement, Nicolas Sarkozy, son ancien patron et futur adversaire à la «primaire», qui désignera le candidat LR lors de la campagne présidentielle de 2017. En effet, en tant que ministre de l’Intérieur, Sarkozy avait signé ce Traité du Touquet que Bertrand voue aux gémonies. (TDG)