Proche-Orient: Israël choqué après le meurtre d’un bébé palestinien

Une onde de choc a traversé Israël à l’annonce de l’incendie criminel perpétré vendredi par des colons extrémistes juifs dans le village palestinien de Douma, en Cisjordanie occupée, qui a coûté la vie à Ali Dawabcheh, 18 mois, et très grièvement blessé ses parents ainsi que son frère âgé de 4 ans.

Parmi les premiers à réagir en direct à la radio publique, le chanteur populaire Yoram Gaon s’est écrié: «Tu ne tueras pas. Dieu a créé l’homme à son image! […] J’ai honte!» C’est aussi ce qu’a déclaré Shimon Peres, ex-chef de l’Etat et Prix Nobel de la paix, samedi soir devant des milliers de manifestants rassemblés à Tel-Aviv pour scander «Non à la violence!» «Oui à la tolérance!» au surlendemain d’un sanglant attentat au poignard commis cette fois par un zélote juif orthodoxe durant la «Gay Pride» de Jérusalem et qui a coûté la vie à une adolescente.

Dérive haineuse

Toutes voix confondues, la classe politique israélienne a fustigé la dérive haineuse qui sévit sur les stades de football et frappe pêle-mêle les Palestiniens, les homosexuels, les étrangers ou même les pacifistes.

«Une nation dont les enfants ont péri dans les flammes de la Shoah doit procéder à un très profond examen de conscience lorsqu’elle engendre des êtres capables de brûler leurs prochains», a mis en garde Gilad Erdan, ministre de la Sécurité intérieure et baron du Likoud, le parti de droite au pouvoir.

Au chevet du frère aîné d’Ali, brûlé au 3e degré, le premier ministre Benyamin Netanyahou, visiblement ému, a promis de traîner en justice les responsables de «cet acte de terrorisme». Mais son fragile cabinet est prisonnier des partis religieux et d’extrême droite nationaliste enclins à fermer les yeux sur les agissements des juifs extrémistes du groupe «Il y a un prix» (à payer), qu’ils qualifient de «marginaux» ou d’«herbes folles».

Agressions par dizaines

Ces messianistes fanatiques ont pourtant mené des dizaines d’agressions contre ceux qui à leurs yeux entravent la colonisation d’«Eretz Israël» (aux frontières bibliques), notamment Tsahal (l’armée israélienne), les villageois palestiniens ou les lieux de culte musulmans et chrétiens.

Depuis 2008, en Cisjordanie, il y a eu 15 attaques à la bouteille incendiaire contre des maisons palestiniennes, et 23 mosquées ont été vandalisées. Mais les criminels jouissent toujours de l’impunité.

«Nous avons été laxistes. […] Il faut punir les terroristes, qu’ils soient juifs ou arabes!» a martelé le président israélien Reouven Rivlin. Le maelström du «terrorisme juif» a commencé à faire couler le sang dans les années 80 et s’est sinistrement illustré notamment avec la tuerie de 29 musulmans en prières à Hébron en 1994, et l’assassinat du premier ministre travailliste Yitzhak Rabin l’année suivante.

Il y a un an, trois jeunes juifs israéliens, actuellement jugés, avaient enlevé et brûlé vif le Pales tinien Mohamad Abu Khdeir, 16 ans. Bouleversée, l’opinion israélienne ne se reconnaissait pas dans ses enfants. (TDG)