Téhéran: Le voile obligatoire divise la classe politique iranienne

Pantalons moulants, manteaux ouverts et cheveux rebelles, les femmes rivalisent d’ingéniosité pour contourner les restrictions qui les obligent à se couvrir la tête et à cacher leur corps en public. Mais à défaut d’une loi définissant précisément les codes vestimentaires et le voile islamique (le hijab), la gent féminine donne du fil à retordre aux responsables politiques et religieux qui, depuis des années, appellent à accentuer la répression.

Dans une interview accordée la semaine dernière au site Iranwire (disponible uniquement dans sa version persane), le député conservateur Nasrollah Pejmanfar a annoncé avoir introduit une proposition de loi visant à alourdir les astreintes financières à l’encontre des employées «mal voilées» de la fonction publique et de toutes les femmes qui ne respecteraient pas le «hijab au volant de leur voiture». Membre de la commission parlementaire des Affaires culturelles et fervent adversaire du président modéré Hassan Rohani, il a aussi précisé que l’amende s’élèverait à un million de rial (soit l’équivalent de 30 fr.) et qu’en cas de «récidive», le véhicule serait confisqué pendant trois jours et qu’un montant «non défini» serait automatiquement prélevé sur le salaire des fonctionnaires.

«Il est peu probable que cette mesure aboutisse», observe cet analyste politique basé à Téhéran et qui a souhaité garder l’anonymat. «Les élections parlementaires ont lieu dans six mois et certains font des déclarations dont l’objectif est de se faire une publicité», poursuit-il.

A plusieurs reprises depuis son élection, le président Rohani a fustigé le caractère obligatoire du voile et les méthodes d’intimidation utilisées par la police iranienne – en particulier la police des mœurs, chargée de faire respecter les tenues jugées islamiques. «Ce n’est pas le rôle de la police de renforcer l’islam», a-t-il affirmé en mai lors d’une réunion avec les corps sécuritaires du pays.

Si les prises de position du chef de l’Etat ont déclenché l’ire de certains hauts dignitaires religieux, elles ont mis l’accent sur l’échec des mesures coercitives utilisées envers les Iraniennes.

Face au poids démographique des jeunes (la majorité des quatre-vingts millions d’Iraniens a moins de trente ans), la société évolue rapidement et la façon d’interpréter les règles se modifie progressivement. Et dans certains cas, s’adapter rime avec résister.

«Porter ou non le hijab ne fait pas de moi quelqu’un de plus ou moins croyant», assure Sima, 26 ans. Pour la jeune femme, l’absence de choix et la pression exercée sur les Iraniennes alimente une «culture du mensonge» dans laquelle «les gens jouent un rôle et finissent par ne plus savoir qui ils sont vraiment».

Mais au-delà de l’aspect religieux, la question du voile obligatoire semble éminemment politique. «Il faut persister dans le renforcement des règles car sans hijab, il n’y a pas de République islamique», a récemment déclaré l’ayatollah Shirazi, figure influente du régime iranien. (24 heures.ch)