Massacre en Syrie: «Bachar el-Assad est comme Daech, il méprise la vie des civils»

Au moins 96 morts. Et peut-être 240 blessés, dont beaucoup dans un état critique. «C’est de la barbarie primaire, une haine contre l’Homme», a dénoncé Khaled Khoja, chef de la Coalition de l’opposition syrienne en exil, suite aux raids aériens menés dimanche par les forces du régime sur un marché bondé du centre de Douma, à 13 km de Damas.

«Le régime a frappé six fois ce marché populaire», assure Abdel Rahmane, sur la base de témoignages recueillis par son ONG, l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). «Après la première frappe, les gens se sont rassemblés… puis les autres frappes ont suivi.» En visite à Damas au moment des frappes, le patron des affaires humanitaires de l’ONU, Stephen O’Brien, s’est dit «horrifié par l’absence totale de respect de la vie des civils dans ce conflit», lors d’une conférence de presse ce lundi.

Pour Hasni Abidi, qui enseigne au Global Studies Institute de l’Université de Genève, la brutalité des frappes démontre autant l’inquiétude du régime Assad que la totale impunité dont il pense bénéficier grâce à Téhéran et à Moscou… qui pourtant élaborent des plans de paix. Interview.

Le carnage a été commis très près de Damas. Le régime est-il donc si vulnérable?

«A Douma, on est effectivement déjà dans la banlieue de Damas. Si la réponse du régime est si musclée, si disproportionnée, c’est précisément parce qu’il se sent menacé dans sa capitale. En cinq ans de guerre civile, les troupes loyales à Bachar el-Assad n’ont pas réussi à la sanctuariser, à asseoir leur contrôle sur la ceinture damascène.

Or, l’opposition a enchaîné plusieurs succès sur-le-champ de bataille ces derniers mois. Notoirement éclatée, elle semble enfin commencer à coordonner ses opérations, notamment sous le leadership de Zahran Allouche, le chef de la redoutable Armée de l’islam, composante essentielle du Front islamique qu’il commande également. Désormais, il s’entend avec les multiples forces laïques se réclamant de l’Armée syrienne libre pour combattre ensemble à la fois les troupes du régime Assad et les djihadistes de l’Etat islamique (Daech en arabe), estimant que ces derniers font en fait le jeu de Damas.»

Pourquoi frapper un marché, donc forcément des civils?

«Pour le régime, dès lors que Douma est dominée par l’opposition, c’est une ville ennemie. Donc une cible. Les groupes rebelles se mêlent à la population, l’armée syrienne en prend donc prétexte pour ne plus faire de distinction entre combattants et civils. D’ailleurs, les militaires ne tentent pas de reconquérir cette agglomération, ils la bombardent. Le message, c’est que les troupes loyalistes sont fortes, capables de frapper de manière brutale.

Le régime syrien dit combattre les terroristes, mais en même temps il commet des horreurs contre sa population. N’est-il pas finalement comparable à Daech?

Absolument. Et les troupes d’Assad ont fait bien plus de victimes, puisqu’elles ont commencé bien avant Daech. Il faut parler de crimes de guerre et tenter de les documenter…

Comment comprendre un tel carnage commis alors que le responsable humanitaire de l’ONU est en visite à Damas et que Russie et Iran proposent des plans de paix pour la Syrie?

Bachar el-Assad n’hésite pas à montrer qu’il bénéficie d’une totale impunité, grâce au soutien indéfectible de l’Iran et de la Russie. Les prétendus «plans de paix» évoqués par Téhéran et Moscou créent l’illusion d’un processus diplomatique, profitant du vide laissé par les puissances occidentales. Mais en réalité Damas signifie clairement à tous ceux qui attendaient un dégel suite à l’accord sur l’Iran… qu’il n’en sera rien. (TDG.ch)